28/09/2010

Flamel et la pierre philosophole

A la poursuite de l'or et de l'immortalité... 
FLAMEL ET LA PIERRE PHILOSOPHALE

Possesseur d'un antique manuscrit, un écrivain public mystérieusement enrichi aurait découvert la pierre philosophale recherchée depuis la plus haute antiquité par des générations d'alchimistes. Est-il réellement parvenu à réaliser le Grand Oeuvre : la transmutation des métaux ? 

L'histoire de l'alchimie occidentale commence au XIIe siècle en Espagne, alors frontière entre le monde occidental et le monde arabe. Les catholiques reprennent peu à peu la péninsule Ibérique et s'approprient les trésors des bibliothèques arabes, riches en textes sur la médecines, les mathématiques, l'astronomie et l'alchimie. Les Européens découvrent les écrits de Djabir ib Hayyan et Muhammad ibn Zakariyya al-Razi (Geber et Rhazes en latin), alchimistes arabes des VIIIe et IXe siècles, eux-mêmes héritiers d'un savoir transmis depuis l'Antiquité. Aux XIIe et au XIIIe siècles, outre les traductions de textes arabes, de nombreux manuscrits originaux circulent en Europe. La plupart ne sont que des livres de recettes chimiques élémentaires, sans portée ésotérique. Il est difficile d'en déterminer les auteurs et les dates : les alchimistes emploient souvent des noms d'emprunts. Au XIVe et au XVe siècles, l'alchimie est au sommet de sa gloire. 

Le livre d'Abraham le Juif 

C'est à Pontoise, aux alentours de 1330, que naît Nicolas Flamel. Ses parents sont d'origine modeste, mais il apprend à lire et à écrire le français ainsi qu'un peu de latin auprès des bénédictins. Il devient apprenti écrivain public chez maître Gobert, puis rachète une charge de juré-libraire-écrivain. Son échoppe est sise près de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie, dont il reste aujourd'hui encore la tour Saint-Jacques. 
Dans sa boutique à l'enseigne de "La fleur de lys", il dresse les comptes des petits commerçants, apprend aux bourgeois à signer de leur nom, copie et enlumine des manuscrits : l'imprimerie n'existe pas encore. D'après ses récits, un ange lui apparaît une nuit en songe et lui montre un ouvrage extraordinaire. Mais il se réveille avant d'avoir pu en lire le contenu. Intrigué, il garde le rêve en mémoire. 
En 1357, un homme entre dans sa boutique et lui propose un volume relié en cuivre. Flamel reconnaît le volume : il l'a vu dans les mains de l'ange. Il n'hésite pas et l'achète pour la somme de deux florins. 
L'ouvrage, signé Abraham le Juif, porte sur la première page une malédiction destinée à ceux qui oseraient aller plus loin dans leur lecture, à l'exception des prêtres et des écrivains. Entrant dans cette dernière catégorie, Flamel se sent protégé et commence à lire. Le volume provient sans doute des affaires abandonnées d'un juif arrêté ou ayant fui précipitamment pour échapper au bûcher. Il contient vingt et un feuillets couverts de textes alchimiques que Flamel ne comprend pas. 

La route de Saint-Jacques 

Pendant près des vingt ans, Nicolas Flamel tente avec l'aide de sa femme, Pernelle de déchiffrer les mystèrieux feuillets. Il ne délaisse pas sa boutique, mais, chaque soir, passe plusieurs heures courbé sur le manuscrit hermétique. Pourtant, le travail ne progresse pas et il désespère. Les alchimistes consultés ne parviennent pas plus que lui à éclairer le texte mystérieux. Il voudrait trouver l'aide d'un savant hébraïques, mais les juifs, persécutés depuis le très catholique Philippe le Bel, ont fui le France ou se sont convertis pour se fondre dans l'anonymat. 
C'est en 1378, lors d'un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, que Flamel rencontre maître Canches, vieux médecin juif converti. Il lui parle du mystérieux volume et lui montre une copie de quelques passages qu'il a emportés avec lui. Maître Canches, enthousiaste, est persuadé qu'il s'agit d'un livre ayant trait à la kabbale, ancienne tradition juive ésotériques fondée sur l'interprétation mystique de l'Ancien Testament. Le médecin décide d'accompagner Flamel à Paris pour voir le manuscrit original. En chemin, il explique au français ses clefs d'interprétation et les deux hommes se mettent au travail sur les extraits emportés par l'écrivain. 
Mais, déjà malade avant sa rencontre avec Flamel, maître Canches doit s'arrêter à Orléans. Il agonise plusieurs jours et meurt sans avoir vu Paris et le manuscrit original d'Abraham le Juif. 

De l'or ! 

Grâce à son aide cependant, Flamel en sait assez pour poursuivre ses recherches. Pendant deux années, il étudie le manuscrit et tente des expériences. Dans ses textes, il raconte que c'est le 17 janvier 1382 qu'il parvient à un premier résultat : "La première fois que je fis la projection, ce fut sur du mercure, dont j'en converti demi-livre ou environ 'en pur argent, meilleur que celui de la minière, comme j'ai essayé et fait plusieurs fois." Selon ses dires, Flamel a découvert l'élixir blanc, le petit magistère, qui transmute le mercure en argent. Il se sait proche du Grand Oeuvre, proche de l'or. 

Le langage alchimique 

La lecture d'un ouvrage alchimique - du type du livre d'Abrahma le Juif qu'avait utilisé Nicolas Flamel - est extrêmement ardue pour un non-initié. Le langage alchimique semble abstrait, absurde, incompréhensible : il est en réalité ésotérique et mystique, saturé de codes, de symboles, de références destinés à égarer le profane. Pièges et détours s'y succèdent. 
"L'alchimiste considère cette difficulté d'accès comme essentielle, car il s'agit de transformer la mentalité du lecteur afin de le rendre capable de percevoir le sens des actes décrits", explique l'écrivain français contemporains Michel Butor. "Le langage alchimique est un instrument d'une extrême souplesse qui permet de décrire des opérations avec précision tout en les situant par rapport à une conception générale de la réalité." 
La première recherche de l'apprenti est donc celle du sens, avant celle du procédé. Le novice doit avant tout comprendre les lois qui régissent le monde de l'alchimie. Si certains symboles, certains mots sont communs à l'ensemble des alchimistes, la plupart d'entre eux ont délibérement créé leur propre codification. On ne peut donc pas espérer trouver une clef universelle qui éclaire l'ensemble des écrits : seule une lente et patiente initiation permet d'accéder au savoir.

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