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02/11/2010

Les mystères de l'Atlantide

Les mystères de l'Atlantide

Qu'une civilisation grandiose ait pu exister et disparaître subitement, voilà qui a de quoi fasciner. Un nom, l'Atlantide, résume cette histoire ou ce rêve. Le mot évoque une île mystérieuse, baignée par les rayons d'un chaud soleil, et un peuple, fondateur d'une culture brillante et éphémère.


Au IVe siècle avant notre ère, le philosophe grec Platon est le premier à mentionner l'existence de l'Atlantide. Par la suite, la cité fabuleuse inspire divagations et utopies.

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En 1803, Bory de Saint-Vincent, naturaliste et voyageur français, publia cette carte pour tenter d'illustrer se théorie d'une Atlantide qui aurait été située à l'ouest de l'Afrique. De ce grand empire, il ne restait plus, selon lui, que les Canaries, Madères et les Açores.

Le témoignage de Platon

Vers 335 avant notre ère, deux dialogues de Platon, le Timée et le Critias, fondent le mythe de l'Atlantide. Comme les oeuvres du philosophe, les textes se présentent sous forme d'entretiens entre plusieurs personnes : Socrate, le maître de Platon, Timée, philosophe pythagoricien, Critias, politicien que l'on dit sans scrupules, et Hermocrate, ancien syracusien.
Dans le Timée, Critias, parent de Platon, raconte une histoire qu'il tient de son grand-père, qui l'a lui-même reçut de son père, ce dernier l'ayant entendu raconter par le sage grec Solon. Alors que Solon se trouve en Egypte, aux environs de 590, un prêtre du temple de Saïs lui fait confidence suivante : 9 000 ans plus tôt existait une île dénommée l'Atlantide, " sortie de la mer Atlantique ", située au-delà des Colonnes d'Hercule (aujourd'hui Gibraltar), et " plus large que la Libye, et l'Asie réunies " (pour les Grecs de l'époque, il faut entendre le Nord de l'Afrique et l'Asie Mineure). Il était alors possible de passer de cette île à d'autres îles et de gagner un continent qui s'étendait en face de celles-ci (l'Amérique ?).
L'histoire du peuple qui habitait cette île est la suivante. Les rois atlantes, puissants et prospères, animés de visées expansionnistes, conquirent les rives de la Méditerranée, s'emparant notamment de la Libye et de l'Egypte et s'enfonçant en Europe jusqu'à la Tyrrhénie (Italie occidentale). Mais ils furent finalement repoussés et vaincus par les Athéniens - ce qui n'est pas sans rappeler quelques aspects des guerres médiques (de 492 à 448 avant notre ère) opposant les Grecs aux Perses. Peu après, des tremblements de terre gigantesques et des cataclysmes se produisirent, et la fière Atlantide fut engloutie.

La plus belle des capitales

Dans le Critias, le philosophe donne plus de renseignements sur l'Atlantide. Après la création du monde, les dieux se partagèrent celui-ci et Poséidon, souverain de la mer, reçut l'Atlantide. De son union avec une mortelle, Cleito, il eut dix fils, et chacun hérita d'une partie de l'île. L'aîné, Atlas devint le roi et reçut la meilleure et la plus grande des régions. L'île était très riche et bénéficiait d'importantes ressources, tant agricoles qui minières. Les sages qui gouvernaient y faisaient régner le bonheur le plus parfait, distribuant méthodiquement le travail.
L'Atlantide, décrite dans le Critias, se divise en districts. Les nombreux canaux qui la sillonnent convergent vers sa capitale, de forme circulaire. Au cœur de celle-ci se dresse la résidence royale, ancienne demeure du Dieu de la Mer. C'est une citadelle de forme également arrondie et d'un diamètre d'environ cinq kilomètres. Des anneaux concentriques de terre et des ponts, composent cette acropole. Elle abrite les temples, les palais et les édifices publics ainsi que les champs de course. Le plus formidable des temples est celui dédié à Poséidon. Ses façades extérieures sont entièrement couvertes d'argent et ses toits sont plaqués d'or. A l'intérieur, les voûtes sont en ivoire ciselé incrusté d'or, d'argent et d'orichalque (métal assez mystérieux dont on peut supposer qu'il s'agit soit de cuivre, soit d'un alliage de cuivre et d'or). Le temple est orné de nombreuses statues tout en or. L'une surpasse toutes les autres, celle représentant Poséidon " se tenant debout sur un char attelé de six chevaux ailés, et d'une grandeur telle que la figure touche à la voûte de l'édifice ". La description de Platon montre la richesse et la puissance de l'Atlantide. Le Critias demeurant inachevé, on n'en sait pas plus sur cette île.

Un prétexte pour des utopies

Le texte de Platon est interprété aujourd'hui comme la première des utopies : une allégorie destinée à vanter les mérites de l'Empire athénien alors en décadence.
Mais la cité idéale que décrit le philosophe est-elle purement imaginaire, ou la construction platonicienne repose-t-elle sur une tradition qui pourrait avoir des origines historiques, Ce débat n'est pas encore clos. Les commentateurs antiques eux-mêmes semblables partagés sur le sens des dialogues platoniciens. Aristote, au IVe siècle avant notre ère, affirme que l'Atlantide n'est qu'un mythe. D'autre part, un disciple de Platon affirme avoir vu, à Saïs, les hiéroglyphes relatant l'histoire racontée à Solon.
Au Moyen Age, l'Atlantide est pratiquement oubliée. L'intérêt pour l'île engloutie renaît au siècle des grandes découvertes, certains auteurs se risquant à identifier l'Amérique à l'île platonicienne. Plus fréquemment, des philosophes reprennent le procédé du philosophe antique pour disserter sur la notion de cité idéale. Ainsi, le philosophe anglais Francis Bacon rédige en 1627 une Nouvelle Atlantide (Nova Atlantis), manière de roman scientifique : des navigateurs, poussés par les vents dans des régions inexplorées de l'Océan, abordent sur le rivage d'une île inconnue où un gouvernement éclairé fait régner le bonheur absolu ; le Suédois Olav Rudbeck y voit une allégorie de son propre pays comme berceau de la civilisation (Atland ou Manhem, 1679-1702) ; et le Catalan Jacint Verdaguer fait du continent perdu le but secret de Christophe Colomb (l'Atlantida, 1876).

L'Atlantide : l'île de Santorin ?

A l'époque contemporaine, le mythe de l'Atlantide continue à alimenter utopies philosophiques et fictions romanesques. Au début du XXe siècle, l'écrivain français Pierre Benoît publie ainsi une Atlantide bientôt célèbre, où l'île mystérieuse est située en plein désert. Deux officiers perdus s'y trouvent retenus par la troublante Antinéa.
Plus sérieusement, des archéologues et des spécialistes de la mer ont cherché à identifier le lieu. Pour les Grecs Galanoupoulos et Marinatos ne serait autre que l'île de Santorin, située à 110 kilomètres au nord de la Crète. L'île est en effet circulaire, et, en 1500 avant notre ère, la Crète est à l'apogée de sa puissance. Sa civilisation minoenne est brillante et son commerce s'étend à toute la Méditerranée. De plus, elle est l'ennemi d'Athènes et pratique le culte du taureau comme le font les Atlantes. Mais, en 1470 avant notre ère, le volcan de Santorin explose brutalement. L'éruption s'accompagne d'importants tremblements de terre, de pluies de cendres et d'une vague formidable de plusieurs dizaines de mètres de haut. C'est cette vague qui dut s'abattre sur la Crète, détruisant sa civilisation sans retour.
Onze cents après la terrible catastrophe, Platon a-t-il confondu dates et lieux, l'île enseveli et la culture crétoise sinistrée ? Ou a-t-il délibérément mêlé des évènements historiques et une tradition légendaire pour forger une allégorie à portée politique et morale ? Les deux hypothèses sont également plausibles.

Les autres civilisations englouties

Le thème des terres englouties a donné lieu à une littérature abondante. Le souvenir nostalgique du paradis perdu y est peut être aussi pour quelque chose. Ne s'imaginait-on pas, au Moyen Age, que le jardin d'Eden existait encore au-delà des terres connues ? L'idée du Déluge, ou d'une grande catastrophe naturelle, que l'on retrouve dans de nombreuses civilisations, lui est aussi certainement apparentée. D'autres continents partagent ainsi avec l'Atlantide la triste réputation d'avoir été englouti par les flots.

La Lémurie.

L'invention de ce continent, qui se serait abîmé dans les eaux de l'océan Indien, date du XIXe siècle. Elle est due au zoologue anglais Slater, qui forgea son nom d'après des restes de primates - des lémuriens - découvert à Madagascar et en Malaisie. Le médium russe Helena Petrovna Blatvasky se passionne pour cette histoire au XXe siècle ; elle fait des Lémuriens des géants pourvus de pouvoirs télépathiques. La lémurie aurait été engloutie, à l'en croire, il y a des millions d'années, amis quelques survivants auraient pu s'enfuir vers l'Asie centrale : leurs descendants seraient les actuels habitant de l'Inde.

Le continent de MU.

Au début du XXe siècle également, en tentant de traduire un texte Maya, le codex Troano, le français Etienne Brasseur de Bourbourg croit découvrir les symboles M et U et en déduit l'existence d'un ancien continent dénommé Mu. A sa suite, le colonel John Churchward déclare que, lorsqu'il servait dans l'armée britannique aux Indes, il a été initié par des prêtres hindous aux secrets de Mu. Les prêtres lui auraient appris à lire la langue du continent perdu en se servant de copies de textes inscrits sur des tablettes cachées dans des temples indiens et mexicains... Pour lui, ce mystérieux continent, située dans le Pacifique, s'étendait du détroit de Béring à l'Australie et de l'Inde à la Californie. Il aurait été englouti il y a 12 000 ans.

L'Hyperborée.

Un continent aujourd'hui perdu sous les glaces, l'Hyperborée, aurait aussi existé dans les régions arctiques actuelles à une période très reculée où celles-ci (avant que les pôles ne changent de place, prétend-on), auraient joui d'un climat et d'une végétation tropicale... Les hommes et les femmes de cette île, entourée de hautes montagnes, étaient d'une extraordinaire beauté.

Pacifica.

Enfin, deux géophysiciens, le Dr Amos Nur, professeur à l'université Stanford (Californie) et le Pr Zvi Ben-Avrham de Tel-Aviv, ont adapté le vieux mythe du continent englouti à la théorie moderne de la dérive des continents. Pour eux, il y a 125 millions d'années, une masse de terre, qu'ils appellent Pacifica, aurait dérivé à travers l'océan Pacifique avant de s'enfoncer, sous le choc de la rencontre avec un des autres continents, sous les côtes de l'Asie ou de l'Amérique.

L'atlantide selon platon

" Oui, Solon, il fut un temps, avant la plus grande destruction par les eaux, où la cité qui est aujourd'hui celle des Athéniens était, de toutes, la meilleure dans la guerre (...) En ce temps-là, on pouvait passer par cette mer (l'océan Atlatique ?) Elle avait une île, devant ce passage que vous appelez les Colonnes d'Hercule (...) Or, dans cette île Atlantide, des rois avaient formé un empire grand et merveilleux (...) Cette puissance, ayant une fois concentré toutes ses forces, entreprit en un seul élan, d'asservir votre territoire et le nôtre, et tous ceux qui se trouvent de ce côté-ci du détroit. C'est alors, ô Solon, que la puissance de votre cité fit éclater aux yeux de tous son héroïsme et son énergie. Car elle l'a emporté sur toutes les autres par la force d'âme et par l'art militaire (...) Mais, dans le temps qui suivit, il y eut des tremblements de terre effroyables et des cataclysmes. Dans l'espace d'un seul jour et d'un seul coup sous la terre, et, de même, l'île Atlantide s'abîma dans la mer et disparut. Voilà pourquoi, aujourd'hui encore, cet océan est difficile et inexplorable, par l'obstacle des fonds vaseux et très bas que l'île, en s'engloutissant, a déposés. "

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D'après Platon, la capitale de l'Atlantide était un complexe, large d'une vingtaine de kilomètres, de canaux, murs, jardins, casernes et champs de course, disposés en cercle autour du palais royal et du temple du dieu de la mer, Poséidon, patron de la ville.

Hypothèse pour une localisation

Si l’on admet que l'Atlantide a réellement existé et qu'il ne s'agit pas d'une simple fable à valeur morale et politique, un problème surgit, celui de sa localisation exacte.

De l'Amérique à la Scandinavie.

Certains placent l'Atlantide, en Amérique du Sud, chez les Mayas, et d'autres, à Héligoland, île de la mer du nord, près des côtes danoises et allemandes (J. Spanuth) ou dans le Sahara (idée popularisée par P.Benoît dans son roman l'Atlantide, 1919). Enfin, d'aucuns voient en l'ancienne ville de Tartessos (située à l'embouchure du Guadalquivir, en Espagne) la cité atlante.

Les Açores.

Compte tenu du texte de Platon, cette localisation paraît la plus logique. En 1882, déjà, I. Donnelly avance cette hypothèse. Ultérieurement, O.H. Muck, développant des arguments avancés par les archéologues Kircher et Schliemann, soutient que les Açores sont l'ancienne Atlantide. Il insiste sur la situation géographique des Açores, note qu'elles forment une zone de fracture de l'écorce terrestre et qu'elles sont riches de volcans en activité.

Bimini...

Mais d'autres pensent l'Atlantide se trouvait en fait dans la partie ouest de l'océan Atlantique, à proximité de l'île de Bimini (archipel des Bahamas). En 1968, une structure engloutie est découverte dans cette zone. des recherches s'en suivent, menées par M. Valentine, conservateur honoraire du musée des sciences de Miami, et D. Rebikoff, expert en photographie sous-marine. Deux murs sont reconnus, orientés perpendiculairement l'un à l'autre. Bimini s'enfonçant régulièrement dans l'océan, les deux chercheurs datent ces constructions d'environ 8 à 10 000 années, c'est-à-dire d'une époque où aucun peuple de la région connu des archéologues ne possédait un niveau technique lui permettant de réaliser de tels murs. Le seul problème est qu'on a mis en doute, depuis, l'origine humaine de telles structures, considérées aujourd'hui plutôt comme un phénomène naturel.

... ou Santorin.

Enfin, l'hypothèse la plus récente, soutenue notamment par le spécialiste français de la mer, le commandant Jacques-Yves Cousteau, replace l'Atlantide dans la Méditerranée et l'identifie avec l'île de Santorin, proche de la Crète, démantelée subitement et transformée en archipel en 1470 avant notre ère, à la suite de l'éruption de son principal volcan.

La fin de l'Atlantide

Selon Platon, l'Atlantide a disparu en un jour et une nuit, victime d'un cataclysme. Plusieurs auteurs, partant de l'hypothèse que l'île a vraiment existé, ont tenté sérieusement d'apporter une explication à cette disparition.
La solution la plus récente est celle de l'éruption d'un volcan, mais il est impensable qu'une explosion, même titanesque, ait pu engloutir totalement et en une journée une île de la taille de celle que Platon décrit dans le Critias.
Aussi certains commentateurs, évoquent-ils l'hypothèse d'un gigantesque météorite qui serait tombée sur la Terre, entraînant le plus formidable raz de marée de l'histoire de l'humanité - une catastrophe dont le mythe du Déluge garderait le souvenir.
A moins qu'il ne faille voir dans la catastrophe évoquée par Platon qu'un effet littéraire destiné à dramatiser la chute éclair d'une civilisation brillante, la civilisation crétoise en l'occurrence, assimilée au déclin plus progressif d'Athènes.

L'énigme de Sodome et Gomorrhe

L'énigme de Sodome et Gomorrhe

Que sont devenues Sodome et Gomorrhe, ces villes mystérieusement détruites et restées dans la mémoire des hommes comme symboles de vice et de dépravation ? Toutes les hypothèses ont été avancées, de l'explosion atomique à la désintégration par des armes extra-terrestres ! La vérité est peut être plus simple .


« La clameur qui s'élève de Sodome et Gomorrhe est immense et leurs péchés sont énormes . »

Il anéantit les villes et tout la contrés et tous les habitants des villes et la végétation du sol. L'épouse de Loth qui avait regardé en arrière devint une colonne de sel. Il vit monter de la terre une fumée semblable à celle d'une fournaise. » (Genèse, XVIII, 19.)

A Beni-Hassan, cultures verdoyantes et palmeraies bordent les deux rives du Nil, en cette année de 1980. Ce spectacle magnifique s'offre aux yeux de Percy A. Newberry, qui remonte le fleuve à la tête d'une expédition financée par l'Egypt Exploration Fund. La mission s'arrête à 300 km au sud du Caire, au modeste village de Beni-Hassan. But de l'expédition : retrouver des preuves évidentes de l'émigration de familles sémitiques dans la vallée du Nul.

Or, ces preuves, l'archéologue et son équipe savent qu'elles se cachent dans un réseau de sépultures situé là, à mi-chemin entre Memphis et Thèbes. Avec une persévérance exemplaire ils vont remuer, des semaines durant, des masses d'éboulis et de vestiges provenant de colonnes brisées, avec de parvenir jusqu'à l'ultime demeure de Chnem-Hotep.

Le prince Chnem-Hotep régnait sur la région vers 1900 avant J.C., sous le règne du pharaon Sésostris II. Dans une petite anti-chambre, des inscriptions hiéroglyphes immortalisent ses faits et gestes. Dépassant cette pièce, les Anglais aboutissent à une vaste salle taillée dans le roc : on y distingue trois voûtes et ce qui reste de deux rangées de colonnes. Des peintures aux couleurs intactes ornent les parois latérales, elles-mêmes revêtues d'un crépi resplendissant. On voit s'y dérouler le film de la vie du prince : jeux, moissons, chasses, danses.

Or sur la paroi située au nord, le regard de Newberry s'arrête sur un portrait, très grand, de Chnem-Hotep. C'était moins la figure du souverain égyptiens qui intéressait l'archéologue anglais qu'un groupe de silhouettes étranges qui l'entouraient : ces personnages ne portent pas les mêmes costumes que les Egyptiens, leur peau est blanche et leur profil particulièrement accusé.

Qui étaient ces étrangers que deux fonctionnaires royaux placés au premier plan présentaient à leur maître ?

Une observation attentive de la peinture murale attire l'oil sur un papyrus que l'un des deux fonctionnaires tient à la main. Sur ce papyrus est inscrite la répons ç notre question ; il s'agit d' « habitants des sables », de Sémites. Leur chef s'appelait Abishaï, un nom typiquement sémitique, et il était arrive en Egypte avec trente-six membres de sa tribu, hommes, femmes et enfants. Parmi les cadeaux qu'il offrait au prince se trouvait de la stribine (un cosmétique) pour sa femme.

La peinture est si minutieuse, d'un style si incroyable photographique qu'elle apporte une multitude de précisions sur le groupe d'étrangers : Abishaï, qui se trouve à la tête du cortège, s'incline légèrement et salue de la main droite tandis que, de la gauche, il retient un bouquetin apprivoisé qui porte entre ses cornes une houlettes de berger, attribut à ce point caractéristiques des nomades que les Egyptiens s'en servaient comme idéogramme pour les désigner.

La forme et les couleurs du costume sont scrupuleusement rendues. Une sorte de toge de laine, carrée, aux rayures multicolores, descendant jusqu'aux genoux chez les hommes et jusqu'aux mollets chez les femmes, froncée sur l'une des épaules, sert de manteau. Les hommes ont la barbe coupée en pointe. La chevelure très noire des femmes retombe sur leur poitrine et leurs épaules, retenue seulement par un petit ruban noué autour de la tête. La petite boucle qu'elles ont devant l'oreille semble une concession à la mode. Les hommes sont chaussés de sandales, les femmes de demi-bottes brunes.

Tous portent sur eux leur ration d'eau dans des outres de peaux de bêtes joliment assemblées. Comme armes, ils ont des arcs et des flèches, de lourds javelots et des lances. Ils n'ont pas oublié leur instrument de musique préféré, puisque l'in des hommes joue d'une lyre à huit cordes.

En ces époques lointaines, guerres et famines étaient monnaie courante. Ceux qui désiraient se rendre en Egypte devaient passer une sorte de douane et régler un certain nombre de formalités, qui ne sont pas éloignées de nos modernes tracasseries administratives. Ils devaient indiquer leur identité, la raison de leur voyage et la durée du séjour. Un scribe écrivait soigneusement tout cela à l'encre rouge sur un papyrus, et un messager portait le document à l'officier des gardes frontières qui accordait ou non l'autorisation d'entrée, en application des directives fort précises établies par l'administration royale et prévoyant jusqu'au nombre de nomades qu'il fallait refouler.

Pour se protéger des bandes de pillards qu'attirait la richesse de l'Egypte, les pharaons firent entreprendre, dès le troisième millénaire avant J.-C., la construction d'une chaîne de forts, de tours de garde et de points d'appui.

Mais le fait le plus important que révèle cette peinture magnifique, c'est bien que, six siècles avant le départ des Hébreux d'Egypte, des nomades sémites, avec armes, familles et bagages, demandèrent l'hospitalité à ce même pays.

Que fuyaient-ils ? Quelles catastrophes, qu'elle horrible souvenir ?

Relisons les textes anciens. Pour éviter que la discord ne s'installe entre leurs clans, Abraham et Loth décidèrent de se séparer et d'avoir chacun son chemin. Ce dernier s'attribua la meilleure part du Jourdain. Il s'établit donc au sur de la mer Morte, à Sodome, dans une des pleines les plus riches de la région du Jourdain. Il y avait cinq villes dans ce pays : Sodome, Gomorrhe, Adama, Seboïm et Zoar. Chacune dut verser un lourd tribut au roi Kédor-Laomor à qui appartenait la vallée du Jourdain.

Pendant douze ans, les rois de la vallée versèrent ce tribut. Au cours de la treizième année, ils refusèrent. Kédor-Laomor organisa alors une vaste expédition punitive pour rappeler aux rebelles leur devoir et en venir à bout si nécessaire. Il n'eut aucun mal à les défaire. Leurs capitales furent alors pillées et rançonnées. Parmi les prisonniers se trouvait Loth, qui fut libéré par Abraham à la faveur d'une attaque surprise organisée par celui-ci sur l'arrière-garde de l'armée ennemie.

Par la suite, les cités durent détruites. Conséquence de la guerre ? Châtiment du ciel ? Dans la mémoire des hommes, Sodome et Gomorrhe sont les symboles de la dépravation et de la vie sacrilège, et l'on y fait allusion chaque fois qu'il est question de destruction totale.

De plus, et cela n'a pas contribué à éclaircir la question, la région de la mer Morte est restée pratiquement inexplorée jusqu'à une date récente. Aucun savant n'eut jamais l'idée d'aller la voir et l'étudier avant 1848, année durant laquelle les Etats-Unis organisèrent une expédition ayant pour but de l'explorer.

Elle était placée sous le commandement du géologue W.- F. Lynch, qui eut la prévoyance de se munir de matériel approprié, dont deux barques métalliques qui furent mises à terre dans le petit port d'Akka, à une quinzaine de kilomètres d'Haïfa. De là, elles furent soigneusement chargées sur de hautes voitures traînées par des chevaux. Il fallut trois semaines pour franchir, au prix d'efforts indescriptibles, les hauteurs du sud de la Galilée.

Les barques furent mises à l'eau à Tibériade. Là, des mesures exécutées par Lynch sur le lac de Génésareth devaient révéler la première des surprises que ce voyage réservait au monde. On crut d'abord à une erreur, mais des vérifications précises confirmèrent les premiers résultats : la surface du lac se trouve à 208 m au-dessous du niveau de la Méditerranée. On en vint alors à se demander quelle était l'altitude des sources du Jourdain.

Quelques jours plus tard, Lynch escalada la pente de l'Hermon, jusqu'au petit village de Baniyas, où il découvrit, parmi d'autres vestiges des temps révolus, des débris de colonnes et une grotte à demi obstruée par des éboulis d'où coulait un filet d'eau claire.

Il s'agissait tout simplement de l'emplacement de l'ancien Paneion, où Hérode avait fait construire en l'honneur d'Auguste un temple consacré au culte de Pan. Des niches en forme de coquille sont taillées dans le roc de la caverne du Jourdain. On y lit encore nettement une inscription grecque signifiant « prête de Pan », car c'est ici qu'on vénérait le dieu des Bergers.

Le Jourdain n'est qu'à 2 m au-dessus du niveau de la mer quant il se jette dans le lac Meiron, qu'il traverse. Ensuite il descend en pente assez raide la quinzaine de kilomètres qui le séparent du lac de Tibériade (ou Génésareth). Depuis sa source jusque-là, c'est-à-dire sur quarante kilomètres seulement, la différence de niveau excède 700 m.

Partant du lac de Tibériade, c'est avec ses bateaux métalliques que l'expédition américaine descendit les méandres compliqués du fleuve. La végétation s'appauvrissait au fur et à mesure qu'elle avançait, sauf le long des rives mêmes, garnies d'épais buissons. Soudain, sur la rive droite du fleuve, apparut une oasis : Jéricho. Les hommes de l'expédition savaient alors qu'ils n'étaient pas loin du but. Comme des taches que le papier, les énormes étendues d'eau de la mer Morte devinrent visibles, encaissées entre d'abrupts rochers.

Contrairement à ce qu'on aurait pu attendre d'explorateurs, la première chose qui vint à l'idée des Américains ne fut pas de se mettre au travail, mais de prendre un bain. Mais à peine eurent-ils plongé qu'ils se sentirent soulevés, enlevés hors de l'eau comme s'ils avaient mis des ceintures de sauvetage. Une chose, au moins, était sûr : nul ne saurait se noyer dans cette mer.

La mer Morte mérite son nom : elle ne contient pas le moindre crustacé, pas le moindre poissons, aucune algue, pas de coraux. Jamais aucune barque de pêcheur ne s'y est balancée. En ces lieux ingrats, on ne trouve pas de fruits de la mer et encore moins de fruits de la terre ! Les rives sont désespérément désertiques. Sur les plages, d'importants dépôts de sel se sont formés et jettent au soleil des feux de diamants. L'air est chargé d'odeurs désagréables : il sent le pétrole et le souffre. Des flaques d'asphalte souillent la surface de l'eau.

Les barques américaines croisèrent sur la mer Morte vingt-deux jours durant. Les savants firent des prélèvements d'eau, les analysèrent, effectuant sondage après sondage. L'embouchure du Jourdain, et par conséquent la mer Morte, sont à 394 m au-dessous du niveau de la mer. Si l'on creusait un canal reliant la vallée à la Méditerranée, mer Morte, Jourdain et lac de Tibériade aurait tôt fait de disparaître ; il se formerait alors une importante mer intérieur, qui s'étendrait jusqu'au lac Meiron.

« Lorsqu'une tempête souffle dans cette cuvette rocheuse, écrivait Lynch, les lames frappent la coque de nos barques comme à coups de marteau, mais dès que le vent s'est apaisé elles se clament tant est forte la densité de l'eau. » En effet, cette eau contient 25 % de sels minéraux, principalement du chlorure de sodium, notre vulgaire sel de cuisine. Il faut savoir que les mers ordinaires n'en contiennent que 4 % à 6 %.

Mais si la mer Morte livrait facilement les secrets de son hydrographie, il n'en fut pas de même pour la disparition de Sodome et de Gomorrhe, dont le mystère restait entier .

Les alignements de Carnac

Les alignements de Carnac

L'alignement d'un grand nombre de pierres à Carnac recherche toujours une personne qui pourrait expliquer le pourquoi et surtout le comment de cet alignement.


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Présentation

C'est autour de golfe du Morbihan que se dressent les plus fantastiques alignements mégalithiques du monde. Trois mille pierres sont encore debout, mais ce sont sans doute près de dix mille menhirs qui formaient l'ensemble d'origine. Pourquoi des hommes, se relayant pendant plusieurs siècles, ont-ils consacré toute leur énergie à l'élévation d'un tel ensemble ?

Avant toute chose, il faut commencer par dire que les menhirs n'ont rien à voir avec les Gaulois et les Celtes. Mais s'ils n'hésitent pas à se servir des dolmens comme lieu de culte, ceux-ci dominent déjà les landes bretonnes depuis plus d'un millénaire. Les civilisations mégalithiques qui étaient les précurseurs ont alors déjà disparu, après s'être répandu en Espagne jusqu'en Angleterre où, arrivées au somment de leur art, elles ont bâti le monument de Stonehenge.

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Un site unique

La capitale française du mégalithisme est sans nul doute le petit village de Carnac. Son nom signifie " le lieu de carn ", carn est un mot celtique désignant les amoncellements de pierres (il en est resté " carn " en gaélique, il a donné " cairn " en français et en anglais). A Carnac, on trouve tous les types de construction : les alignements sont formés de menhirs isolés, mais aussi de cairns qui forment les tumulus de pierres plates qui constituent les dolmens, ainsi que les cromlechs, c'est-à-dire des établissements en forme de cercle. C'est au total plus de 3 000 pierres qui se dressent dans un rayon proche. Elles ne sont qu'une petite partie de la construction d'origine, qui comprenait sans doute près de 10 000 menhirs, les temps et les hommes en ayant détruit beaucoup. L'ensemble s'étendait probablement sur huit kilomètres, des alignements de Sainte-Barbe jusqu'à la rivière Crach : il ne subsiste plus que sur trois kilomètres.
On peut aujourd'hui distinguer trois séries d'alignements. Un cromlech en demi-cercle ouvre celui du Ménec, au Nord du village de Carnac. Là, répartis sur onze rangées, s'élevant exactement 1 169 menhirs, haut de 60 centimètres à 4 mètres.
LES alignements du Ménec atteint une longueur de 1 170 mètres. Après un court espace vide, 250 mètres plus loin, l'alignement de Kermario se limite à dix rangées et à 1 029 menhirs, hauts de 50 centimètres à 7 mètres. Il est long de 1 120 mètres. Troisième étape, l'alignement de Kerlescan, 400 mètres en retrait. Treize files de 880 mètres de longs regroupent 594 pierres hautes de 80 centimètres à 4 mètres. Comme l'alignement du Ménec, il est précédé d'un cromlech en demi-cercle.
En dehors des alignements, le site de Carnac comprend le grand tumulus Saint-Michel, long de 120 mètres et haut de douze mètres, à l'intérieur duquel on trouve plusieurs chambres funéraires. Il semble postérieur aux alignements eux-mêmes, tout comme le tumulus de Kercado, de trente mètres de diamètre et 3,5 mètres de hauteur. Enfin, de très nombreux dolmens et menhirs isolés se rencontrent à proximité, disséminés hors de la zone d'alignement.

Problème de datation

On peut estimer l'âge d'un menhir en datant les petits objets qui ont souvent été disposés au pied de la pierre pour la caler. Il faut alors se méfier des ajouts postérieurs comme des éléments qui ont pu être en place antérieurement : certaines parties des alignements de Carnac recouvrent des tumulus plus anciens. Le problème de datation se pose encore en ce qui concerne les motifs décoratifs gravés sur bien des pierres levées. Victimes de l'érosion, ils sont souvent difficiles à déchiffrer, et il est délicat de déterminer si le même peuple a ériger la pierre et l'a gravée, ou si les sculptures sont l’œuvre de leurs successeurs. On estime que les monuments de Carnac ont été élevés par plusieurs générations qui se sont succédé entre le IVe et le IIIe millénaire avant notre ère.

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Des pierres pour observer les astres

Menhirs et dolmens ont des fonctions très différentes. Le dolmen est une sépulture, et, si l'on trouve parfois des tombes au pied des menhirs, elles sont le plus souvent postérieur à leur érection. Le menhir est un édifice commémoratif ou votif, mais en aucun cas on ne peut le considérer comme un monument funéraire.
A quoi sert-il ? C'est à la fin de XIXe siècle, que sont remarquées pour la première fois les correspondances entre les structures des ensembles mégalithiques et les positions du Soleil à certaines périodes de l'année. Dans chaque alignement, les menhirs sont placés par ordre décroissant et chaque série forme un angle précis avec les levers de soleil : Kerlescan est orienté selon les levers de soleil à l'équinoxe, Kermario selon les levers de soleil au solstice d'été, le Ménec selon les levers intermédiaires. Certains observateurs voient dans cette disposition des dates correspondant aux principales phases du cycle agricole : une activité alors toute nouvelle pour les peuples occidentaux. Les théories relatives aux utilisations calendaires et astronomiques se succèdent depuis lors, appuyées par le fait que de nombreux menhirs isolés sont percés d'un trou qui a pu servir comme repère pour la visée. Mais les premiers observateurs ont eu tort de ne songer qu'à un observatoire solaire : certes, les directions des alignements correspondent à la position des levers et des couchers de soleil à des dates remarquables, mais les autres astres ne sont pas oubliés. Partant du constat que la plupart des calendriers primitifs sont semi-lunaires, le professeur A. Thom, dans les années 1970, démontre que Carnac est aussi un observatoire lunaire. Il détermine que le grand menhir de Locmariaquer, haut de 23 mètres, est sans doute l'élément central d'un grand dispositif destiné à prédire les éclipses. Plusieurs autres menhirs isolés, éloignés parfois de quinze kilomètres, comme celui de Quiberon, auraient servi de crans de mire, correspondant à des moments extrêmes de la déclinaison lunaire. L'ensemble du système, champs d'alignements et cromlechs, constituerait ainsi un véritable instrument d'observation et de prévision, propre à permettre, notamment, la prédiction des éclipses. Thom, spécialiste de la géométrie des grandes constructions mégalithiques, remarque également l'utilisation d'une unité de longueur mégalithique universelle en Europe occidentale, à laquelle il accorde la valeur précise de 0,8293 m.

La difficile traversée des âges

Une faible partie seulement des monuments édifiés pendant le néolithique et au début de l'âge du bronze sont encore intacte aujourd'hui. Au cours des siècles, la plupart ont été saccagée, démontés ou tronçonnés. Les Romains utilisent les pierres des cairns pour paver les routes. Ils sont les premiers à débiter les menhirs en pierre de taille pour construire des maisons. Les chrétiens, soucieux d'éliminer toute trace des anciennes croyances, font abattre les dolmens ou sculpter des croix dans les menhirs. Au XVIIe siècle, en Loire-Atlantique, un prêtre zélé fait démolir tout l'ensemble mégalithique de sa région pour construire une énorme rocaille avec " les débris d'un culte sanguinaire ". Deux cents ans plus tard, les pires ennemis des mégalithes sont les archéologues amateurs, chercheurs de trésors, qui renversent les pierres et défoncent les tertres dans l'espoir de retrouver des bijoux d'or. Aujourd'hui encore, les archéologues doivent livrer un combat incessant : en 1974, dans une lettre à son préfet, le maire d'une petite commune annonce qu'il a fait raser un dolmen " obstacle à l'utilisation rationnelle des sols " ...

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Le monde au IV millénaire

Alors que les peuples qui, en Europe de l'ouest, élèvent des mégalithes sont encore des chasseurs et rarement des agriculteurs, au Proche-Orient on cultive le sol depuis trois mille ans et on coule le bronze depuis cinq siècles. Les Mésopotamiens ont inventé la roue et les pictogrammes, les Egyptiens la voile et les hiéroglyphes.
L'Egypte est unifiée par le pharaon Narmer (ou Némès en grec) qui fonde la première dynastie thinite. Les cités et les temples sumériens s'élèvent et on y découvre l'écriture cunéiforme. L'agriculture se développe en Afrique centrale, alors qu'en Chine la mystique dynastie Xia construit sa première cité à Liangchengzhen. Dans les îles Cyclades de la mer Égée se développe la première civilisation grecque. L'Occident est encore dans la préhistoire alors que le Proche-Orient entre dans l'histoire.

Les possédées de Loudun

Les possédées de Loudun

La petite ville de Loudun dans le département de la Vienne compte environ 14 000 habitants, bien que l'on pense que ce chiffre est un peu supérieur à la réalité, à connue en 1632, une des histoires de possession qui fait encore couler beaucoup d'encre. Un film a même vu le jour, son nom : " Les Diables " de Ken Russel sortie dans les salles en 1970.

Le cas de possession de Loudun est dès plus troublant, puisqu'il concerne le couvent des ursulines qui compte dix-sept pensionnaires.

Je vais vous peindre le fond de l'histoire. La petite ville de Loudun vient de connaître une épidémie de peste qui, entre mai et septembre a tué plus de 3 500 personnes. Certaines personnes voient dans ce fléau, un signe de colère divine. Plus que jamais, les habitants croient être maudits des dieux.
Protégée par une double ceinture de murailles, la ville de Loudun est une place forte qui a été attribué à la suite de l'Edit de Nantes de 1598 aux protestants, malgré cela, depuis le début du XVII siècle, la ville connaît une importante contre-offensive catholique, à la pointe du combat, on trouve les moines, Cordeliers et Carmes, mais aussi les Capucins, nouvellement implantés, sous l'impulsion du célèbre père Joseph du Tremblay.
Les jésuites sont eux-aussi des nouveaux venus en Poitou où ils mènent une rude guerre aux protestants tout en essayant de diminuer l'autorité épiscopale.

C'est donc dans cette atmosphère qu'apparaissent les premiers cas de possession.

La nuit du 21 septembre alors que la prieure Jeanne des Anges et deux sœurs se promènent dans le couvent, une ombre leur apparaît. Il s'agit de leur confesseur, le prieur Moussaut, rien d'étonnant me direz-vous, sauf que le prieur Moussaut est mort quelques semaines plus tôt après avoir contracté la peste.

Les nouveaux phénomènes ne se feront pas attendre, en effet, une boule noire vole à travers le réfectoire, un fantôme se promène dans les couloirs.

C'est début octobre que les premiers cas de démence se font sentir. Plusieurs sœurs se roulent par terre, pousse des hurlements sans raison, se contorsionnent dans tous les sens comme si elles souffraient d'épilepsie. Malheureusement, la démence se généralise, tout le couvent est touché, et on commence à parler de possession dans la petite ville de Loudun, la rumeur circule rapidement : Les sœurs du couvent des ursulines sont possédées par le Malin.

Il faut savoir que pour les religieux, Lucifer, ne peut apparaître que s'il a été invoqué. Donc, la première conclusion est rapidement tirée : Un sorcier se cache dans la ville.

Les séances d'exorcisme se suivent et se ressemblent. Ils viennent de la France entière.
Les exorcistes décèlent sur les corps des paroissiennes les démons suivants : Léviathan, Asmodée, Baruch, Béhémot ou Zabulon, mais aussi Concupiscence, Fornication ou Pollution. Ils logent sous les côtes, dans l'estomac, au-dessus ou au-dessous du cœur, dans la tempe, au-dessous du nombril, au milieu du front. Certains sont bavards, d'autres colériques, facétieux, insolents, lubriques.
Pendant ce temps, la ville cherche le sorcier.

Le rebondissement de l'histoire arrive le 11 octobre, lorsqu'une religieuse se disant possédée par le démon Astaroth lâche le nom d'Urbain Grandier, curé de l'église Saint-Pierre du Marché. La rumeur se répand rapidement, la ville a trouvé son sorcier.

Mais qui est Urbain Grandier ?

Urbain Grandier est un étranger pour les habitants de Loudun.
Né en 1590 prés de Sablé, dans le diocèse du Mans, dans une bonne famille bourgeoise.
Son père est notaire royal et sa mère, Jeanne d'Estève, est issue de la petite bourgeoisie locale.

Il entre dans les ordres et reçoit l'ordination à 25 ans, mais demande à prolonger son noviciat de 2 ans, pour approfondir ses connaissances.
Il a 27 ans, en juillet 1617, lorsqu'il prend possession de sa cure à l'église Saint-Pierre du Marché de Loudun.

Mais il n'arrive pas seul dans la petite ville, sa mère, devenue veuve depuis peu de temps, ses deux sœurs et ses trois frères.
Ci-tôt arrivé dans la petite ville, il leur obtient des postes sûrement enviés.
François est nommé premier vicaire à Saint-Pierre du Marché.
René obtient une charge de conseiller de bailliages.
Jean est prêtre libre à Loudun.
Une de ses sœurs est mariée, alors que la dernière, Françoise vit avec sa mère et ses frères.

Urbain Grandier n'est pas simplement un curé, mais il occupe une fonction très convoitée, il est également chanoine de la collégiale Sainte-Croix, avec les revenus liés a ses fonctions.

Mais Urbain Grandier est un grand et bel homme, élégant, vif et intelligent, qui captive son auditoire à chaque fois qu'il apparaît sur la chaire. Il existe des portraits et des témoignages qui nous permet de savoir comment il était physiquement, des yeux noirs, un nez long mais bien fait, il portait une moustache et une barbe en pointe comme la mode de l'époque le désirait.
Cet homme au grand courage comme le décrira l'astronome Ismaël Boulliau qui fut son vicaire dans une lettre adressée au philosophe Gassendi :

Ses sont réelles : il est intelligent, brillant, spirituel, bon théologien et d'une grande générosité. A plusieurs reprises, il a démontré son courage : pendant la terrible peste de 1632, quand il reste au milieu de ses paroissiens alors que tous les médecins de Loudun ont quitté la ville, comme au moment de sa mort.
Mais il y a aussi quelques défauts majeurs, au premier rang desquels il faut citer un orgueil immense, qui le rend incapable d'écouter des conseils de modérations ou de faire des concessions. Urbain Grandier ne sait pas jusqu'où il peut aller trop loin.
On lui reproche son libertinage, et la rumeur circule qu'il court après ses paroissiennes.
Mais les Capucins mettent leurs grains de sel en accusant Urbain Grandier d'être l'auteur des pamphlets haineux contre Richelieu.

Le baron de Laubardemont, commissaire du ministre-cardinal, arrive dans la ville en septembre 1633, mais pour une mission qui n'a aucun rapport avec l'affaire. Il reviendra en décembre avec les pleins pouvoirs, chargés par Richelieu d'instruire le procès de Grandier.

Le lendemain de son arrivé, Laubardemont perquisitionne chez le curé mais n'y trouve rien de compromettant. Il récolte donc des témoignages et des dépositions.
Entre le 4 février et le 11 février, il interroge Urbain Grandier, qui nie tout ce qui lui est reprocher, puis finit par ne plus répondre aux questions de Laubardemont.

Pendant ce temps-là, on vient voir les contorsions des sœurs de la France entière.

Le procès s'ouvre le 8 juillet 1634, douze juges ont été désignés et lisent les comptes rendus d'instruction de Laubardemont. Ils interrogent les possédées et cherchent sur Grandier des marques qui prouveront son appartenance à la sorcellerie.
Ils trouveront une cicatrice sur son pouce, cet endroit devient une ancienne blessure qu'il se serait infligée pour signer de son sang un pacte avec le démon.
L'insensibilité d'une épaule devient la preuve que le Malin s'est emparé de cette partie de son corps et la fait échapper aux lois de la nature.

Le 18 août, à 5 heures du matin, les juges prononce la sentence.

C'est donc 2 heures plus tard que Urbain Grandier sera brûlée après avoir été atrocement mutilé sur la place Sainte-Croix à Loudun.

La Bête du Gévaudan

La Bête du Gévaudan

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Il y a des animaux fabuleux qui le sont vraiment - par exemple, jamais personne n'a été mis en présence d'une licorne -, et il y a des animaux qui ont marqué l'histoire de leurs crocs sanglants : plus de deux siècles après sa mort, le souvenir de la bête du Gévaudan fait toujours frissonner.
Aujourd'hui encore, il est vrai, on ne sait pas exactement s'il s'agissait d'un loup ou ... d'une secte !

En juin 1764, une jeune femme est attaquée par la Bête dans la forêt de Merçoire, près de Langogne, alors qu'elle garde ses vaches. Au premier assaut de la Bête, les chiens s'enfuient. Sans les vaches qui, cornes en avant, tinrent le monstre en respect, la jeune femme aurait été dévorée. Repoussée, la Bête revenait à la charge, lançait sa gueule, tâchant d'attraper sa proie, mais elle finit par se décourager devant les cornes des bovins. La jeune femme s'en tira avec quelques coups de griffes, des vêtements déchirés et ... une sainte frousse.

Voilà comment elle décrit la Bête : "De la grandeur d'un veau avec un poitrail fort large, la tête et le col fort gros, les oreilles courtes et droites, le museau comme celui d'un lévrier, la gueule noire et deux dents très longues lui sortant des deux côtés de la gueule, la queue très ramée, très longue, et une raie noire du sommet de la tête à l'extrémité de la queue. Elle se déplace par bonds jusqu'à 9 mètres."

Dans les mois qui suivent, l'horreur gagne la contrée : des enfants et des femmes sont dévorés, emportés par la Bête. On retrouve des membres, une tête ou un cadavre à demi rongé. Elle s'attaque aux femmes et aux enfants, proies d'autant plus faciles qu'ils opposent peu de résistance et que ce sont eux qui mènent paître le bétail en dehors des villages, à flanc de colline.

Les caractéristiques assez monstrueuses de cet animal, qui s'apparente au loup sans en être tout à fait un, et ses massacres incessants en ont fait très rapidement une bête extraordinaire, diabolique et invulnérable.

Dans les foyers, on commence à parler de la Bête, et la terreur se répand dans l'est du Gévaudan. La famille Denis (le père, la mère, les deux filles, Julienne et Jeanne, âgées d'une vingtaine d'années et les deux fils, Sylvain, dix ans, et Jacques, seize ans) sera douloureusement liée à son histoire, et nous la retrouverons plusieurs fois au prises avec la tueuse.

Les Denis ne sont ni pauvres ni riches. Ils possèdent quelques vaches, quelques moutons et des chèvres, que les enfants ont la charges de mener au pâturage. Ils habitent à Saint-Privat-du-Fau, au pieds des monts de la Margeride, à 1 200 m d'altitude, un peu en retrait du village. A l'automne 1764, ils apprennent les ravages de la Bête dans le haut Allier, de l'autre côté des monts de la Margeride. Elle n'est pas encore chez eux, mais elle ne va pas tarder à se manifester.

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Les sanglants exploits de la bête du Gévaudan ont fait l'objet d'une abondante littérature populaire.

Des battues avec des centaines de paysans s'organisent. La Bête, traquée, traverse en une nuit les monts de la Margeride. Elle est maintenant tout près des terres de la famille Denis. Elle recommence ses carnages. La peur s'installe : on se barricade, on n'ose plus mener paître le bétail ni traverser seul les bois. Il faut dire que les paysans de l'époque n'avaient pas d'armes à feu, mais uniquement le padou, une lame bien aiguisée, le barenclou, une trique garnie de pointes, la fourchine, une fourche à trois dents, et la baïonnette, une forte lame emmanchée au bout d'un bâton.

Quelques privilégiés, pourtant, les chasseurs attachés aux nobles de l'endroit, possèdent des armes à feu. On tire la Bête plusieurs fois, mais elle ne semble pas atteinte par les balles, ce qui conforte sa légende.

Ainsi, le 8 octobre 1764, deux chasseurs voient la Bête et la tirent à dix pas. Elle tombe sur le coup, mais se relève aussitôt. Les chasseurs épaulent à nouveau. Elle tombe, se relève encore, entre dans un bois d'une course mal assurée, mais plus rapide que celle de ses poursuivants. Elle reçoit deux nouveaux coups de fusil, chute, se relève encore et s'enfuit. On croit la trouver morte le lendemain. Bien au contraire : non seulement on ne la trouvera pas, mais elle fera plusieurs victimes dans les jours qui suivront. D'où la légende selon laquelle elle "charmait" les armes à feu.

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Louis XV (pastel de Quentin de La Tour). Il enverra son porte-arquebuse personnel traquer la bête du Gévaudan.

En novembre 1764, le capitaine Duhamel et ses dragons (40 hommes à pieds et 17 à cheval) prennent les choses en main. Duhamel organise d'énormes battues avec des centaines de paysans. Sans succès. Tous les subterfuges sont inutiles. La Bête est beaucoup trop rapide et trop intelligente pour se laisser prendre au piège. Les dragons de Duhamel croiront bien des fois la tenir, sans jamais pouvoir l'abattre.

On accorde de fortes primes pour la capture de l'animal. des chasseurs, motivés par l'appât du gain, viennent de tous les coin de la France. Cette situation dure jusqu'en avril. Les paysans sont excédés par ces dragons inefficaces qui mangent leur pain, piétinent leurs champs et assiègent leurs maisons. La Bête, comme si elle sentait les désaccords entre les hommes, massacre de plus belle au nez et à la barbe des dragons, décidément trop lourdauds.

Revenons à la famille Denis. En mars 1764, Jacques Denis garde des vaches, des chèvres et des mouton près de Malzieu, avec ses deux sœurs, Jeanne et Julienne. Il a allumé un feu à l'abri d'une roche. En surplomb, un petit talus de pierrailles grimpe jusqu'à une pente supérieure. Soudain, Jeanne pousse un cri. La Bête est sur elle et lui happe la tête. elle se débat et roule dans l'herbe dans un corps à corps avec la Bête. Jacques se précipite, fait lâcher prise à la Bête, la projette dans le feu et la maintient sur les braises. La Bête hurle... et s'enfuit.

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Une vieille ferme dans les monts de la Margeride, théâtre des massacres de la Bête mystérieuse.

Jeanne a deux trous sanglants derrière les oreilles, une déchirure à l'épaule. Julienne, qui s'était éloignée, accourt. Le frère et la sœur ramènent Jeanne à la maison. Celle-ci, folle de terreur, ne recouvrera jamais la raison et restera une épave gémissante, avec de soudains accès de terreur qui la feront hurler comme si les crocs de la Bête devaient indéfiniment se refermer sur elle. Julienne ne se pardonnera jamais d'avoir laissé sa jeune sœur seule. Elle dira : "Maintenant, c'est la Bête ou moi !" On la verra arpenter les collines du Malzieu, comme pour provoquer un affrontement mortel.

La réputation de la Bête s'étend non seulement à la cour de France mais aussi en Angleterre, en Allemagne et en Espagne. Le roi délègue Denneval, chasseur réputé pour avoir tué 1 200 loups dans le Gévaudan. Dès février 1765, Denneval est sur place avec six de ses meilleurs limiers.

Jacques Denis, bouleversé par sa récente aventure, se joint à Denneval, qui le prend en amitié. Ce dernier change de méthode. Au lieu d'organiser, comme l'avait fait Duhamel, de grandes battues qui ne servent qu'à rendre la Bête de plus en plus méfiante, il préconise de laisser venir celle-ci, de la mettre en confiance et, dès qu'on la signale quelque part, de tenter un encerclement en la faisant pister par les chiens.

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La Vedette des dragons sous Louis XV ( peinture de Meissonier). Incapable de venir à bout de la Bête, les dragons finiront par indisposer les paysans du Gévaudan.

Ce stratagème n'aura pas plus de succès que les méthodes de Duhamel. La Bête connaît très bien la région. La topographie accidentée lui permet de défier ses poursuivants. Elle brouille les pistes, entre dans un bois, se cache dans un ravin, traverse une rivière, réapparaît, se tapit dans une genêtière et entraîne à ses trousses, des jours durant, des meutes d'hommes et de chiens qui, épuisés par cette course folle sur un terrain impraticable, cherchent à la nuit tombante à loger chez l'habitant, alors que, de son côté, la Bête trouve encore assez d'énergie pour faire quelques kilomètres et distancer ses poursuivants. Et toujours en laissant sur son passage des enfants égorgés, des corps déchiquetés, des membres épars.

Le nouvel espoir que les paysans mettaient dans l'envoyé du roi s'estompe progressivement. dans les foyers, la peur reprend de plus belle.

Toutefois, un noble des environs, M. de la Chaumette, aperçoit la Bête le 29 avril, entre Rimeize et Saint-Chély, et la tire. La Bête guette un berger non loin de la maison de M. de Chaumette. Il la voit et appelle ses deux frères. Tous trois armés, sortent de la maison et vont s'embusquer au-dessous du pâturage. L'un des trois entre dans le pâturage et pousse la Bête vers ses deux frères. elle se replie. Les deux frères aux aguets la tirent. La Bête s'abat sur le sol et roule deux ou trois fois sur elle-même. M. de Chaumette la tire à nouveau. Se relevant brusquement, elle roule contre un arbre et, cachée aux regards des assaillants, s'enfuit.

D'énormes taches de sang maculent le sol et les buissons alentour, comme si l'on avait saigné un cheval !

La Bête est touchée au col. On la croit morte... Mais ce n'est qu'une fausse joie. Elle ne tardera pas à recommencer ses sanglants exploits.

Saint François stigmatisé

Saint François stigmatisé
Un moine blessé des blessures du Christ


A la mi-septembre 1224, François d’Assise se retire pour méditer et jeûner sur la Verna, le mont Alverne, près d’Arezzo, en Toscane. Au retour, il porte sur son corps des blessures semblables à celles du Christ en croix, coup de lance au côté, marques de clous aux pieds et aux mains : ce que l’on appelle les stigmates.

François camoufle ces blessures, remet des souliers, abandonnée depuis qu’il a commencé à prêcher. En vain : le fondateur de l’ordre des Franciscains, déjà illustre, ne peut cacher longtemps ce qui lui est arrivé.


De nombreux miracles

Or, on n’a jamais vu cela. Jusqu’au XVIIIe siècle, on appelle stigmates des incisions pratiquées par des fidèles païens en l’honneur de leurs dieux ou des marques en forme de croix que les premiers chrétiens se faisaient sur les bras pour témoigner de leur foi. On parle encore des stigmates d’une maladie ou d’un vice. Mais les blessures imposées au corps de Saint François sont, nul n’en doute, d’origine surnaturelle…
Ce n’est qu’un des miracles dont est tissé la vie du saint, de la domestication, à Gubbio, d’un loup féroce par un simple signe de croix, ou des guérisons de malades, jusqu’au fait que son corps, après sa mort, serait devenu resplendissant et aurait en 1228 au pape Grégoire IX, pour lui montrer sa blessure côté, remplissant même une fiole de son sang. Mais les stigmates ont une particulière importance, à cause de leur nouveauté, des autres cas attestés jusqu’à nos jours, du nombre de ceux qui les ont vus et de la multitude de tableaux qu’ils ont inspirés.

L’apparition du séraphin

Malgré leurs divergences de détails, tous les récits des compagnons ou des premiers biographes s’accordent : François a vu venir à lui, alors qu’il était peut-être en état d’extase, un séraphin – ange aux ailes lumineuses et enflammées -, qui semblait crucifié. Selon Bonaventure, l’ange «avait les pieds et les mains étendus et attachés à une croix, et ses ailes étaient tellement disposées, que deux s’élevaient au-dessus de sa tête, deux s’étendaient pour voler, et les deux autres couvraient tout le corps ». Le saint, impressionné, médite une fois de plus sur la crucifixion et voit apparaître ses stigmates. Ceux-ci ne lui ont pas été infligés par l’ange, mais par son amour pour le Christ martyrisé. Seul frère Léon, compagnon du saint, bien longtemps après un premier récit très sobre et sans détails, dit à un franciscain anglais, Pierre de Tewkesbury, que le séraphin a « touché durement » François. Cette explication convient mieux aux fidèles, à la fois assoiffés de merveilleux et peu enclins à admettre que les stigmates ont pu apparaître spontanément. L’iconographie l’améliore encore : Giotto, Bruegel, Dürer puis les Carrache montrent François à genoux, face à l’ange crucifié, d’où partent des faisceaux lumineux, véritables flèches de feu. Ce sont eux, et non une force intérieure, qui impriment dans son corps les marques de la Passion du Christ. Paradoxalement, l’intervention physique de l’ange est une rationalisation : comme le note François de Sales au début du XVIIe siècle, « quant à faire les ouvertures en la chair, par dehors, l’amour, qui était dedans, ne le pouvait pas bonnement faire ».

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Quelques explications moins surnaturelles

Bien entendu, les commentaires ne manquent pas pour donner des stigmates une explication plus terre à terre. Au XVIe siècle, les protestants, indignés qu’on ait pu parler de François d’Assis comme d’un « second Christ », imaginent une dispute avec saint Dominique, le fondateur de l’ordre des Dominicains ; il se serait réfugié sous un lit, et l’autre l’aurait lardé de coup de broche, lui causant des plaies correspondant par hasard à celles du Christ…
Plutôt que cette pantomime volontairement grotesque, le Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle, publié entre 1863 et 1876 par Pierre Larousse, porte-parole du rationalisme républicain, préfère croire à « quelque jonglerie des prêtres, dont François lui-même a très bien pu être dupe, pendant un de ses sommeils cataleptiques », sans se demander comment les plaies auraient pu être entretenues ensuite. Les efforts du saint pour cacher ses stigmates et la longue crédulité de bien des prêtres semblent incompatibles avec une mystification.
Plus sérieusement, le même dictionnaire invoque « la surexcitation nerveuse de l’ascète et la tension extraordinaire de son esprit, toujours en contemplation devant les diverses phases de la vie du crucifié », qui « auraient suffi pour que ces stigmates, si ardemment désirés, apparussent ». On est bien loin de l’ange aux rayons lumineux ; mais on l’est beaucoup moins, peut-être, des récits du XIIIeme siècle…
Que François d’Assise ait désiré porter dans sa chair les blessures du Christ, c’est l’évidence. Et on peut exclure l’hypothèse d’une blessure ordinaire, ou d’une supercherie. A chacun, alors, selon ses convictions, de juger si les stigmates du saint ont une origine divine ou s’ils sont une manifestation psychosomatique, que le mot « simple » qualifierait d’ailleurs fort mal, tant elle constituerait elle-même un mystère.

La stigmatisation de saint François

"Dans une vision, le serviteur de Dieu aperçu au-dessus de lui un séraphin crucifié qui imprima les marques de sa crucifixion d'une manière si évidente sur François que le saint paraissait avoir été lui-même crucifié. Ses mains, ses pieds et son côté furent marqués du caractère de la croix ; mais il cacha ces stigmates à tous les yeux avec grand soin. Quelques-uns cependant virent de son vivant, mais, à sa mort, il y en eut beaucoup qui les considèrent."

Extrait de J. de Voragine, La Légende dorée.

Mathusalem

Une longue vie de 969 ans
Mathusalem

La mort est sans doute la plus terrible barrière à laquelle l’homme se trouve confronté. Aussi, l’un de ses plus anciens combats est d’essayer de retarder l’instant fatidique.


Pour cela, selon les époques, il s’est tourné vers des pratiques relevant de la magie puis de l’occultisme. De nos jours, c’est la science qui a pris le relais. Mais l’imagination humaine s’est aussi nourrie de récits où des personnages vivaient indéfiniment.


« Vieux comme Mathusalem »

La longévité attribuée à Mathusalem, l’un des patriarches antédiluvien de la Genèse, est aussi proverbiale. En fait, les 969 ans que lui accordent les scribes dans l’Ecriture constituent à peu près le seul renseignement que l’on ait sur ce personnage. Ils lui confèrent donc une sorte de record puisque son arrière-grand-père, Adam, est dit avoir vécu 930 ans, son grand-père, Seth, 912 ans, et son père Hénoch, 365 ans – il est vrai que ce dernier n’est pas mort mais qu’il a été enlevé par Dieu après une vie parfaite. Le fils de Mathusalem, Lamech, lui, n’est crédité que de 177 ans, mais la lignée retrouve sa vigueur avec Noé, le héros du Déluge, qui meurt à 950 ans. Telle est la légende.
L’interprétation de ces longévités fabuleuses relève de deux hypothèses qui ne sont d’ailleurs pas contradictoires. La première veut que les années octroyées aux patriarches soient en fait le nombre de mois de leur vie : on obtient ainsi environ 77 ans pour Adam, 76 pour Seth, à peu près 81 ans pour Mathusalem, 30 ans d’existence terrestre pour Hénoch et 79 ans pour Noé. En revanche, selon ce calcul, Lamech aurait vécu à peine quinze ans. Les scribes auraient opéré ces conversions afin d’exalter des hommes tenus pour admirables.
Selon une autre théorie avancée par les spécialistes de la Bible, ces vies supra surnaturelles auraient été inventées pour établir des généalogies sans faille reposant sur un très petit nombre de noms pour des périodes préhistoriques immenses. On retrouve cette manière de procéder chez le Chaldéen Bérose, par exemple, qui, dans son histoire de la Babylonie datant d’environ 280 avant notre ère, affirme que les règnes de dix rois des époques fabuleuses ne couvrent pas moins de … 432 000 ans.

Les limites de la vie humaine

De façon plus certaine, à travers les siècles, l’histoire nous apprend épisodiquement l’existence de personnes ayant très largement dépassé l’espérance de vie de notre époque.
Celle-ci s’est allongée dans des proportions extraordinaires depuis la préhistoire, mais le « décollage » essentiel date seulement du XIXe siècle. En fait, un homme d’aujourd’hui vit trois fois plus longtemps en moyenne qu’un homme de Cro-Magnon. D’autre part, les recherches récentes placent la barrière biologique de l’espèce humaine aux alentours de 110 ans. Estimation qui souffre des exceptions : un Colombien, en 1958, aurait atteint l’âge respectable de 160 ans. Record commémoré par les Postes colombiennes avec un timbre ayant pour légende : « L’homme le plus vieux du monde ! »
Cette notion de barrière biologique a été mise en lumière en 1965 par un Américain, le Pr Leonard Hayflick : ses expériences in vitro semblent prouver que les cellules se comportent comme si elles avaient une sorte d’horloge interne qui détermine à l’avance pendant combien de temps elles vivront et continueront à se diviser.
Tout se passe donc, pour reprendre les mots de l’humoriste français André Ruellan, comme si « la mort (était) un manque de savoir-vivre ».

La science contre l’ « l’horloge biologique »

Si la notion de barrière biologique correspond à une réalité, seule la manipulation génétique pourra contourner l’infranchissable obstacle qu’elle représente aujourd’hui. La science parviendra-t-elle un jour à ce résultat ? Elle aura alors posé un pied dans un domaine jusque-là réservé au divin.
En attendant, l’Homme se content d’explorer la voie du remplacement des organes défectueux par des équivalents artificiels. La miniaturisation de l’électronique rend la chose de plus en plus réalisable et on peut imaginer qu’un jour certains cobayes pourront devenir ce que l’on appelle des « cyborgs », c’est-à-dire des cerveaux dans des enveloppes entièrement artificielles et hautement performantes. Dans son livre Quand l’Homme devient machin (1971), le journaliste scientifique américain David Rorvik présente cette mutation comme un grand pas en avant pour l’humanité… ou plutôt vers l’inhumanité, ne peuvent s’empêcher de rétorquer certains.

Histoires d’immortels

Le thème de l’immortalité, ou à défaut celui de l’extrême longévité, hante depuis les temps les plus anciens, l’imaginaire de l’Homme. Déjà, la mythologie assyro-babylonienne, dans l’Epopée de Gilgamesh, au IIIe millénaire avant notre ère, en évoque la possibilité.
Il traverse discrètement l’histoire de la littérature jusqu’au XIXe siècle, puis s’épanouit au sein d’un courant fantastique qui le traite en général comme une malédiction. Des œuvres importantes, comme le Juif errant d’Eugène Sue (1845), le cycle de She, Celle-qui-doit-être-obéis de sir Henry Rider Haggard (1887-1923), Dracula de Bram Stoker (1897) ou des séries très populaires en leurs temps, telle celle consacrée à l’énigmatique Dr Nikola par Guy Boothby (1895-1901), illustrent la poursuite d’un rêve qui se révèle être, en fin de compte, un cauchemar physique et mental. Au XXe siècle, l’évolution de la science offre de nouvelles ressources. Mais les récits restent dominés par l’idée qu’une extrême longévité ne procure que l’ennui et qu’elle ne s’acquiert qu’au prix de compromis moralement inacceptables : ainsi le savant Faust n’hésite pas à pactiser avec le diable en échange d’une nouvelle jeunesse. Ce mythe se retrouve à l’époque contemporaine, par exemple, dans le Maître et Marguerite, roman de l’écrivain soviétique Mikhaïl Boulgakov (1891-1940), inédit jusqu’en 1966. La moralité de ces œuvres est la même : on ne s’attaque pas impunément aux lois de la Nature…


Magie, occultisme et longévité

Pour lutter contre les ravages du temps sur leur organisme, les hommes ont souvent été tentés de faire appel au surnaturel.
Le vampirisme. Contrairement à une idée reçue, le vampire n’est pas un défunt mais un « non-mort » (c’est le sens de nosferatu), un être immobilisé sur la frontière séparant la vie de la mort. Le vampire a acquis la longévité, souvent contre son gré, en étant victime d’un autre vampire. Cette forme de semi-immortalité a tout d’une damnation et le « vrai » vampire est plus proche du monstrueux Nosferatu que du fascinant Dracula, les deux visages donnés par le cinéma au même héros de l’écrivain Bram Stoker.
La Voie noire. Une longévité voulue peut, elle, résulter d’un pacte passé avec des forces obscures.
Certains grands sorciers de la macumba, la magie noire brésilienne, sont ainsi censés avoir vécu plus de deux siècles. Des auteurs de science-fiction, tel l’Américian Lovecraft, ont par ailleurs imaginé une forme de « vampirisme » psychique permettant à des êtres humains vieillissants de rajeunir en se gavant de l’énergie vitale de jeunes gens.
La Voie royale. C’est celle des grands occultistes, des alchimistes.
En effet, l’alchimie se présente comme une tentative de reconquête par la connaissance des anciens secrets des privilèges perdus lors de la chute originelle. Parmi ces privilèges figure au premier rang celui de l’immortalité. Les alchimistes ont donc passé des siècles à tenter de retrouver le secret de l’élixir de longue vie, « l’or potable », censé leur permettre de traverser les siècles en réalisant leur but ultime : la transmutation du corps et le retour à l’immortalité adamique. La tradition veut que certains adeptes fameux tels que Nicolas Flamel, le compte de Saint-Germain, l’alchimiste arabe du moyen Âge Artéphius ou Fulcanelli aient réussi cette transmutation.

Ulysse et les sirènes

Un chant mortel venu de la mer
ULYSSE ET LES SIRENES
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Les sirènes sont des personnages mythologiques dont les chants aux sonorités envoûtantes entraînent les marins à leur perte. Leurs méthodes de séduction varient d’un récit à un autre, toutes exercent un attrait incomparable sur les navigateurs.

Le premier témoignage sur l’apparition des sirènes remonte à L’Odyssée d’Homère, qui raconte les aventures tumultueuses du héros grec Ulysse lors de son long voyage de retour, à Ithaque, après la guerre de Troie : les sirènes de l’époque sont non pas ces êtres mi-femmes, mi-poissons, que les légendes plus modernes ont retenus, mais des oiseaux à tête et poitrine de femmes.

Un chant mélodieux et irrésistible

Dans la mythologie grecque, les sirènes vivent dans une île de la Méditerranée. Leurs chants sont si beaux que les marins qui les entendent ne peuvent y resister et viennent jeter leurs navires sur les écueils. Les survivants sont impitoyablement tués. Lorsque Ulysse quitte la demeure de la magicienne Circé, il sait qu’il lui faut passer de l’enchanteresse, le rusé héros a alors recours à un stratagème pour lui permettre d’entendre, tout en sauvant navire et compagnons. Il bouche les oreilles de ses hommes avec de la cire après avoir demandé à être solidement attaché au mât. Il peut ainsi assouvir sa curiosité en écoutant le chant, sans toutefois y céder.
Ce chant se révèle mélodieux et poignant, et il est riche de belles promesses : les sirènes ne prétendent-elles pas que « toutes choses qui existeront un jour sur Terre, déjà nous les connaissons » ? Ulysse hurle à ses compagnons de le détacher, maix ceux-ci, bien sûr, restent sourds à ses cris. Enfin, le bateau passe, et les héros échappent au destin funeste de tant d’autres marins.
Ulysse n’est cependant pas le seul à affronter les sirènes. Le poète mythique Orphée, qui accompagne Jason parti à la recherche de la Toison d’or, parvient aussi à résister à leur charme fatal. Au moment où Jason et ses hommes, les Argonautes, attirés par les mélodieuses voix, changent de cap et s’avancent dangereusement vers les écueils de l’île, Orphée se saisit de sa lyre et fait entendre un chant si sublime qu’il couvre les mélopées des sirènes et sauve les marins en les arrachant à leur mortelle contemplation.

Qui sont les sirènes ?

Les sirènes de l’époque homérique sont trois soeurs, filles du dieu-fleuve Achéloos et de la muse de la poésie Calliope. Lydie joue de la flûte, Parthénopé de la lyre et Leucosie lit les textes et les chants. Anciennes compagnes de Perséphone, la fille de Zeus et de Déméter enlevée par Hadès, le dieu des Enfers, elles ont demandé aux dieux de les pourvoir d’ailes afin de sauver la jeune fille et de la ramener sur la Terre. Selon une autre version, elles doivent leur apparence à Déméter, qui a ainsi voulu les punir de n’avoir pas suffisamment veillé sur sa fille.
Leur nom vient du terme latin siren, lui-même issu du grec seirên, du mot seira, le lien, la corde, rappelant sans doute le pouvoir « captivant » des sirènes.

Femmes-oiseaux puis femmes-poissons

L’apparence physique des sirènes a évolué. A l’époque grecque, elles sont représentées comme des êtres ailés, au visage humain et au corps d’oiseau ainsi que le prouvent différents vases grecs antiques. Leur transformation en créatures mi-femmes, mi-poissons, à la partie postérieure recouverte d’écailles, remonte apparemment au Moyen Âge et aux légendes celtiques et germaniques. Mais, déjà, sous l’Empire romain, on les confond avec les Néréides, les cinquante filles de Nérée, dieu marin, et de Doris, elle-même descendante du Titan Océan. Les belles Néréides sont les nymphes de la mer et il n’est donc pas étonnant qu’elles aient été rapprochées des sirènes, autres figures marines... Quoi qu’il en soit, cette légende, née de la mythologie grecque et transmise au cours des siècles, demeure longtemps vivace et continue de hanter l’imaginaire des navigateurs du monde entier.

Lamantins et sirènes

Les scientifiques contemporains pensent que les lamantins sont peut-être à l’origine du mythe des sirènes et que les navigateurs les ont longtemps confondus avec celles-ci. C’est d’ailleurs en référence au mythe que l’on a donné le nom de Sirénien à l’ordre zoologique auquel appartiennent ces mammifères aquatiques.
Les dugongs et les lamantins sont les deux uniques représentants de cet ordre et ils ont été considérés jusqu’à une époque récente comme intermédiaire entre les cétacés et les phoques. Les lamantins sont des animaux de grande taille, pouvant atteindre jusqu’à 2 ou 3 mètres de long : on les appelle aussi du nom moins plaisant de « veau marin ». Ils ont un corps fusiforme et glabre surmonté par une tête massive et leurs cris harmonieux ont certainement contribué à la légende du chant des sirènes. D’autant que les femelles possèdent deux mamelles pectorales qui peuvent très bien passer pour les seins d’une femme.
Ils habitent les fleuves côtiers des Etats-Unis, entre Caroline du Nord et golfe du Mexique, mais on les trouve aussi au large de la côte ouest de l’Afrique, où les Anciens ont pu les apercevoir – une zone de diffusion plus large de leur espèce, dans le passé, n’étant d’ailleurs pas à exclure. Les dugongs se rencontrent, eux, plutôt dans l’océan Indien et au nord de l’Australie. Animaux doux et peu farouche, ils sont aujourd’hui menacés de disparition.


Les sirènes à travers les temps

Si les sirènes sont nées de l’imagination des poètes grecs antiques, la tradition qu’elles ont inspirée s’est transformée et développée au fil du temps, notamment sous l’influence du folklore nordique.
La mythologie nordique. Les légendes irlandaises et anglaises font toutes état de la présence de sirènes au large de leurs côtes tandis que la mythologie germanique les voit surgir de l’écume des vagues. La tradition bretonne relate qu’Ahez, fille du roi Grallon, pour avoir livré la ville d’Ys au diable et aux flots, aurait été plongée dans les eaux et serait devenue une sirène. Saxo Grammaticus, un chroniqueur des XII-XIIIe siècle, décrit de son côté le combat du roi danois Hadding, fils de Gram, contre un monstre aquatique, moitié homme et moitié poisson.
Où l’on pêche un homme-sirène. Les représentations de sirènes se multiplient au Moyen Âge et deviennent un thème favori des bordures ornementales et des enluminures de manuscrits. Dans les années 1200, le chroniqueur anglais Ralph de Coggeshall fait le récit suivant : au siècle précédent, sous le règne du roi Henri II, des pêcheurs d’Oford capturent dans la Manche un homme nu, nageant avec aisance sous l’eau. Enfermé durant plusieurs jours, celui-ci s’alimente principalement de poisson. Il ne prononce pas le moindre mot, même sous les pires tortures. Remis dans l’eau, il déchire le filet qui le retient et parvient à gagner le large, puis, quelque temps plus tard, il revient au rivage, vit deux mois durant parmi les gens d’Oford, avant de repartir définitivement dans son élément naturel.
Les sirènes de Christophe Colomb. Alors qu’il se trouve au large des Antilles, le navigateur génois croit apercevoir trois de ces créatures qui dansent dans l’eau. Elles sont laides et muettes, mais il découvre dans leur regard comme un « regret de la Grèce ».
Une rencontre moderne. En 1869, aux Bahamas, six hommes qui se dirigent en canot vers une baie aperçoivent une sirène, d’une somptueuse beauté, aux cheveux bleus flottant sur ses épaules et aux mains fourchues. Elle pousse de petits cris de surprise en voyant les marins et disparaît peu après sans s’être laissée approcher.
Les fabricants de sirènes. Le sens commercial de quelques peuples d’Asie a également contribué au développement de la légende. Des fortunes se sont même édifiées sur la vente aux Européens de curiosités : des monstres fabriqués à l’aide de morceaux d’animaux – singe et poisson. A Djibouti également, le squelette d’une authentique sirène est venu à des Américains. Il s’agit, bien sûr, d’un faux dû à des marchands ingénieux.