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02/11/2010

Un phénomène poltergeist bien étrange

Un phénomène poltergeist bien étrange

Nous sommes en 1967, dans un cabinet d’avocat bavarois.
Dans ce cabinet d’avocat, quelque chose d’étrange se passait avec les quatre postes téléphoniques. En effet, ils leurs arrivés de se mettre à sonner en même temps alors qu’il n’y a personne au bout du fil. Parfois, la conversation était interrompue par des bruits bizarres ou alors brusquement coupée.
Suite à tout cela, Me Adam appelle la société Siemens qui lui a installé les lignes, une boîte de raccordement et les quatre postes.
Après plusieurs semaines de test, aucune anomalie n’est décelée, mais les perturbations n’ont pas cessé pour autant. Ils s’adressent donc au service officiel des télécommunications. Le matériel sera remplacé et on ajoutera un instrument de mesure, un compteur de communication. Adam demanda alors à ses employés, le chef de bureau Johannes Engelhand, deux secrétaires et une autre personne qui travaille à mi-temps de tenir un registre de leurs appels.
Avec l’aide de ces appareils, on observera certains phénomènes :

Entre le 5 et le 19 octobre 1967, on enregistre des communications que personne n’a pu passer dans le bureau.

A partir du 19 octobre, c’est par douzaine que les appels sont enregistrés et ils concernent pour la plupart l’horloge parlante.
Les appels sont tellement rapprochés qu’il est physiquement impossible d’obtenir autant de fois le même numéro en si peu de temps.
Par exemple, le 20 octobre, 46 appels à l’horloge parlante ont été passé entre 7H42 et 7H57 du matin.

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Le bureau d'Annemarie Schneider, chez l'avocat Adam. Une perturtion téléphonique sans précédent.

Puis, les phénomènes s’étendent, ne s’arrêtant pas seulement aux mystérieux appels téléphoniques.

Le 20 octobre : un grand bruit sourd se fait entendre au même moment la lumière s’éteint.
Un électricien est appelé d’urgence, mais tout est en très bon état, il constate juste que les tubes fluorescents se sont retournés sur eux-mêmes dans leur logement et donc déconnectés.
L’électricien change tout le matériel, mais à peine le travail terminé, le même bruit sourd se fait entendre accompagné des perturbations identiques, on remarque que les fusibles ont été expulsés de leurs emplacements sans aucune intervention physique.
Un spécialiste de la compagnie officielle de distribution du courant arrive sur les lieux, M. Paul Brunner. Il mène une enquête mais ne remarque rien d’anormal, il change cependant quelques appareils dans le bureau mais aussi dans l’immeuble.
Il installera plusieurs appareils :
- Un Unireg : qui permet de mesurer les différences de voltage et de les visualiser sur papier.
- Un compteur Tektronix : pour étudier parallèlement les variations de champs magnétiques et de niveau sonore.

Tous ces instruments sont scellés, pour éviter toute intervention humaine.

Malgré cela, des phénomènes inexpliqués se produisent pendant les heures de bureau mais jamais durant les week-end et les vacances.

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L'avocat Adam se met à inspecter une des lampes qui se sont balancées frénétiquement le 27 novembre 1967

Le 20 décembre : Dans le bureau de l’avocat, un tube fluorescent se détache et se brise au sol, les autres grillent alors que les appareils s’affolent.
Deux jours plus tard, on observe que la photocopieuse fonctionne sans être branchées.

Après un nouveau branchement testé … les lampes explosent, en blessant une employée. Puis, elles se mettent à se balancer au plafond comme pour provoquer les spécialistes, les fusibles s’éjectent de leurs logements et les instruments de mesures s’affolent de plus belle.

Le 11 décembre, 8H45 : Alors que Me Adam discute dans la salle de dactylos avec son assistant Mayr, un tableau accroché au mur se met à tourner sur lui-même, Brunner qui venait d’entrer dans la pièce essaya de la retenir mais en vain. Plusieurs tableaux fit de même et certains tombèrent violemment au sol…

Adam et Brunner avaient noté, ce matin-là, une tension particulière chez les deux secrétaires, Gustel Huber et surtout chez Annemarie Schneider. Elles quittent précipitamment la salle en poussant des cris. Les hommes observent, impuissants, le phénomène.

Brunner décide d’écrire un rapport officiel en reconnaissant qu’il est incapable d’expliquer ces phénomènes. Dans son rapport, il indiqua « qu’il faut bien postuler la présence d’une force inconnue de notre science et de notre technologie. Un pouvoir dont ni la nature, ni la force, ni la direction qu’il peut prendre ne peuvent être définies. Un pouvoir au-delà de notre compréhension… ».

Les docteurs Kanger de l’institut Max Plark de physique des plasmas, et, Zicha, de l’université de Munich sont demandés en consultation, il s’agit des deux plus éminents physiciens allemands des années 60.

Voici leurs conclusions :

- Les phénomènes électriques et électroniques étranges ne sont accompagnés d’aucune différence dans les voltages et n’en résultent pas ;
- Les anomalies n’ont pas pour cause d’éventuelles variations dans les fréquences du voltage en provenance de l’extérieur ;
- Les appareils de contrôle et de mesure fonctionnent normalement en eux-mêmes ; ils ont été changés à plusieurs reprises pour effectuer ce test ;
- Aucun champ magnétique n’a été détecté ;
- Pas de vibration infra ou ultrasonique ;
- Toute intervention humaine ou fraude est à éliminer …

Les deux physiciens remarquent que les phénomènes montrent une certaine forme d’intelligence, de part les choix des manifestations.

Plusieurs universités mandent des enquêteurs, dont celle de Fribourg-en-Brisgau, où le professeur Hans Bender s’occupe d’un département de parapsychologie, qui travaille en particulier sur les hantises.

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Hans Bender et un de ses collègues inspectent les installations électriques des bureaux de l'avocat Adam. Les tubes au néon se détachent d'eux-mêmes !

Celui-ci soutient la thèse anglo-saxonne selon laquelle certaines personnalités perturbées, adolescents ou adultes dont la puberté a souvent été retardée, psychopathes légers, introvertis maladifs sont susceptibles de libérer eux-mêmes ou de catalyser une force inconnue qui devient responsable des phénomènes.

Très vite, l’attention de ces « nouveaux exorcistes », comme ils ont été appelés dans une certaine presse de l’époque, vers Annemarie Schneider. Elle est la plus tendue de tous, et un assistant du professeur a vu des lampes se balancer sur son passage dans un des couloirs. Et les phénomènes ne se déroulent qu’aux heures de bureau, plus particulièrement vers 7H30, à son arrivée. On notera aussi que lors de ses absences pour des petits congés, il ne se passe rien.
Du 13 au 18 décembre, elle prend congé et les chercheurs en profitent pour effectuer des tests… Pendant ces 5 jours, il ne se passe rien.
A son retour, tout reprend.
A chaque manifestation, Annemarie tombe dans une mauvaise crise de nerfs.

Il a été constaté qu’à chaque manifestation d’un phénomène poltergeist, la personne qui en est responsable et cela sans en être consciente éprouve en retour un choc nerveux pouvant conduire jusqu’à la démence.

La police aussi la soupçonne et l’officier Wendl pense qu’il finira par prendre la jeune fille en flagrant délit, mais il va vite admettre que physiquement, elle n’est responsable de rien.

Un après-midi, alors que Annemarie et Gustel Huber, la seconde secrétaire, discutent, un énorme meuble de chêne massif se déplace sur 30 centimètres… cette armoire pèse prés de 200 kilos …

Annemarie est aussi victime de la force qu’elle déchaîne, le 17 janvier, la jeune fille reçoit un violent choc électrique entre les jambes, ensuite, dans la même journée elle sera littéralement poursuivie par la chaise qu’elle vient de quitter, un policier en sera témoin.

Me Adam décide de la renvoyer, conseillé par Bender resta en contact avec Annemarie Schneider, et ils effectuèrent des tests psychokinésique, mais les tests se révélèrent négatif.
En effet, elle ne semblait pas consciente des phénomènes spectaculaires qu’elle a pu causer.

D’après l’équipe du professeur Bender, elle n’était pas capable de produire ces phénomènes que sous un fort état de stress et de frustration.

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Annemarie Schneider, objet du phénomène de hantise de Rosenheim, photographiée avec son fils au cours de l'ensuête menée par la B.B.C. en 1975.

L’effet poltergeist est incontrôlable même par celui qui le produit …

Sexe et Poltergeists

Sexe et Poltergeists

L'étude de plus en plus rigoureuse des phénomènes de poltergeists, également appelés "esprits frappeurs" ou bien, en langage plus moderne, cas de "psychokinésie spontanée récurrente" (PKSR), a permis de les relier à un certain type de tension sexuelle.


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La guérison d'un possédé, dans une Bible française du XIIe siècle

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Un exorcisme campagnard (tableau de Brueghel le Jeune)

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A la fin du Moyen-Age, on considérait les poltergeists comme des manifestations physiques du démon, qu'il fallait "guérir" par tous les moyens, y compris l'eau bouillante... (bois gravé d'un livre de 1515)

On l'a vu, dans de nombreux cas de PKSR, il y a, non loin du lieu où se manifeste ce phénomène, un ou plusieurs enfants en âge pubertaire. Ce lien entre expériences paranormales et adolescents n'est d'ailleurs pas nouveau : il daterait de l'étude du cas des sœurs Fox, aux Etats-Unis, en 1840. L'explication la plus couramment avancée est alors que des jeunes filles, parvenues à l'âge de la maturité sexuelle, peuvent emmagasiner des réserves d'énergie suffisantes pour faire tourner des tables, produire des sons étranges ou provoquer des jets de pierres.

Dans l'affaire d'Enfield, en Grande-Bretagne, qui est la mieux étudiée des histoires récentes de PKSR, on trouve ainsi une fillette de douze ans. Les manifestations paranormales ont, dans ce cas comme dans la plupart des autres, cassé dès le passage définitif de la fillette hors du monde de l'enfance.

Pourtant, la puberté n'est pas toujours responsable de ces phénomènes. On a également observé, notamment dans l'affaire d'Enfield, l'attachement amoureux des adolescents à des héros du cinéma ou de la chanson. La concentration d'émotions sur des "images" pourrait ainsi déclencher des phénomènes inexpliqués.

Un cas extrême d'attachement à une image est souvent cité : Eleonora Zugun, une petite Roumaine de traize ans, pouvait faire apparaître des traces de morsures ou de griffures sur son corps quand elle avait le sentiment que son "démon" personnel était agressé. Bien entendu, ce démon concentrait toutes ses émotions et représentait l'ensemble de sa personnalité.

Les adolescentes ne sont que très rarement les seules causes de ces phénomènes. dans le cas des soeurs Forx, on a noté l'existence d'un frère handicapé mental. Dans plusieurs autres cas, ce type de handicap a pu être relié à des manifestations paranormales. Ce qui pose le problème des garçons : longtemps mis hors de cause, il apparaît aujourd'hui qu'ils peuvent jouer dans ces manifestations un rôle comparable à celui des jeunes filles.

Pour certains chercheurs, il faut même dépasser cette association entre puberté et PKSR, il existe des cas liés à des enfants de sept ans, voire de quatre ou cinq ans. Certains de ces enfants posséderaient même des pouvoirs comparables à ceux de Uri Geller. De même, certains adultes peuvent provoquer de spéctaculaires PKSR.

On sait que certains médiums reconnaissent tirer des séances auxquelles ils participent une sorte de satisfaction quasi sexuelle. On peut donc imaginer que des phénomènes de frustrations ou de misère sexuelles peuvent contribuer au déclenchement de forces mystérieuses. Un des cas les plus spectaculaires est arrivé en 1967, dans un cabinet juridique allemand, en Bavière. (voir dossier "Un phénomène poltergeist bien étrange")

La sexualité ne peut pourtant pas expliquer tous les cas de PKSR. Certaines migraines tenaces et chroniques ont pu provoquer de remarquables poltergeists. Quelques maladies mentales également. N'est-il pas curieux, en outre, que, dans de nombreux cas de PKSR, les enfants alors mis en cause ne partageaient pas la même religion que leurs parents ?

Autre découverte stupéfiante : 86 % des manifestations de PKSR ont eu lieu après le déménagement des familles dans une H.L.M. ! On peut alors penser que ce déplacement a été considéré comme gênant par l'enfant, perturbé également par la nécessité de changer d'école et d'amis, ou par la perspective de voir ses parents prendre un nouvel emploi. La tension générale de la famille, ajoutée à celle de l'enfant, peut provoquer des bruits et des phénomènes anormaux, qui contraignent souvent les victimes à se reloger... ailleurs !

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Un poltergeist vient de projeter ce réveil sur l'édredon du lit d'Alan Rhodes, un jeune garçon âgé de douze ans.
Pour éviter toute tricherie, l'enfant avait les mains liées sous ses draps...


En définitive, il est plutôt hasardeux de vouloir absolument donner une cause précise aux cas de PKSR ou de vouloir les classer dans un ordre définitif. en outre, les chercheurs sont généralement plus préoccupés par les manifestations elles-mêmes que par ceux qui les visent : ils délaissent ainsi de fructueuses pistes d'étude.

Mais, selon certains, il vaut mieux chercher à soigner les victimes de poltergeists, même si on ne comprend pas très bien ce qui leur arrive. depuis longtemps, les religions s'y emploient, persuadées d'avoir affaire à des cas de possession par le démon.

Ce dont la plupart des victimes ont besoin, c'est d'une aide ou d'un réconfort moral. Souvent, les témoins de PKSR ou les habitants de maison atteintes par ces manifestations ont peur de devenir fous. Ils ne comrpennent pas. Ils sont, de plus, troublés par l'incompréhension générale et le doute jeté sur ce qui leur arrive...

Les différentes religions chrétiennes délèguent alors, parfois à l'appel d'un médecin ou des autorités, un exorciste. Les formes d'intervention de cet homme d'Eglise sont très diverses : elles vont de la messe à la simple bénédiction, en passant par la prise en charge morale des évènements et la tentative de convaincre la victime que ces phénomènes inexpliqués ne sont pas l'œuvre d'un quelconque démon.

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Donald Page, célèbre médium anglais, pratique un exorcisme sur une de ses patientes.
L'énergie qu'il dépense alors est considérable.


L'exorcisme "complet" ne se pratique qu'après un examen attentif du cas de PKSR et des circonstances qui l'accompagnent habituellement. Cet exorcisme est la dernière arme. Il nécessite un rapport médical établi par le médecin de famille, un certificat du prêtre du lieu (il n'y a guère plus qu'un exorciste officiel pour un diocèse, souvent même pour quatre ou cinq !) et un entretien avec une assistante sociale de la localité.

Pour certaines autorités religieuses, cet exorcisme ne pourrait se faire qu'en présence d'un médecin ou d'un expert médical et avec l'accord complet de la victime.

Le poltergeist d'Enfeild

Le poltergeist d'Enfeild

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En France, il ne se passe pas de semaines sans que les gendarmes ne soient alertés par une famille victime de mystérieux "esprits frappeurs".
Des milliers de rapports, tous plus inexpliqués les uns que les autres, existent. Quelle est cette force mystérieuse qui lance les objets les plus lourds à travers l'espace ? Faut-il exorciser les victimes de ces esprits frappeurs ? Une enquête aux frontières du mental et du physique.


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Une séance de poltergeist, dans une maison d'Enfield, en septembre 1978. Janet, une fillette de douze ans, était probablement à l'origine de ces phénomènes troublants.

Des bruits mystérieux, des craquement sinistres, des odeurs infectes, des meubles qui s'envolent, des courants d'air glacés, des bruits de voix inexplicables, des jets de pierres, des lévitations involontaires, des installations électriques qui tombent en panne, des objets qui disparaissent : les "esprits frappeurs" ont une imagination féconde quand ils veulent manifester leur présence.

On appelle poltergeist ces phénomènes anormaux. Le mot est très ancien : il vient du folklore allemand et dérive de polter ("bruit") et geist ("esprit"). Avec un peu de rigueur, les chercheurs en parapsychologie ont proposé de définir toutes ces manifestations d'esprits frappeurs par le concept de psychokinésie spontanée récurrente, ou PKSR.

Les premières relations de poltergeists viennent d'Allemagne : peu avant l'an 1000, des chutes de pierres, des coups et des grands bruits ont troublé la tranquilité de Bingen, une petite ville des bords du Rhin. A partir du XIIe siècle, sous l'influence de l'Eglise, on classe les poltergeists dans la catégorie des phénomènes d'originie diabolique.

En 1184, au pays de Galles, le domicile d'un certain William Nott est ravagé par une force mystérieuse qui lacère les tentures et répand des ordures. Au XIIIe siècle, Gerald of Walles note l'existence d'un "esprit" qui apostrophe les gens. En 1599, Martin del Rio tente de classer tous les incidents connus : il compte dix-huit sortes de démons, chacune se spécialisant dans le déclenchement d'un trouble particulier.

D'après lui : "La seizième sorte de démons se compose de spectres qui, à certains moments et en certains lieux, notamment dans des maisons, sont susceptibles de créer des bruits et des troubles divers. Je ne donnerai pas d'exemples ici, ce phénomène étant parfaitement connu. Certains réveillent le dormeur en cognant sur le matelas et en faisant tomber ledit dormeur du lit."

L'étude scientifique des cas de poltergeists commence. On se demande alors si certains épisodes de la Bible ne revèleraient pas de classe d'incidents. Simultanément, la PKSR joue un rôle notable dans l'histoire du méthodisme, une doctrine affiliée au protestantisme anglo-saxon.

Pendant deux mois, en décembre 1716 et en janvier 1717, le presbytère d'Epworth (où habite le jeune John Wesley qui fondera l'église méthodiste), est le théâtre de coups violents frappés par un esprit. Pourtant, à cette époque, John est absent du presbytère.
Son père est plusieurs fois repoussé par une force mystérieuse qui bloque son chemin. Il lui arrive même d'être soulevé de son lit. En fait, l'affaire semble due à l'influence de la soeur de John, Hetty, alors âgée de dix-neuf ans.

Plus tard, tout au long du XIXe siècle, des esprits frappeurs viendront, en rand nombre répondent aux sollicitations de spirites. Ceux-ci faisaient trop bien tournoyer les tables et les pianos pour que leurs expériences soient aujourd'hui crédibles. D.D. Home, le célèbre médium spécialisé dans les lévitations spectaculaires, débuta sa carrière par un commerce soutenu avec ces epsrits.

Petit à petit, pourtant, on allait délaisser l'explication des cas de PKSR par l'influence de "certains éléments" pour se tourner alors vers des hypothèses beaucoup plus "naturelles". Dans les années quarante, on comme à expérimenter la psychokinésie, ou PK, au laboratoire de parapsychologie de l'université de Duke, aux Etats-Unis. En Angleterre, les recherches sur les phénomènes de PKSR sont menées par la Société pour la recherche psychique.

Sir William Barrett est un des animateurs de cette recherche. Il étudie suffisamment de cas pour que les phénomènes de poltergeist soient reconnus comme indubitables. Ce qui ne donnait pas, pour autant, d'explications. En Allemagne fédérale et aux Etats-Unis, les recherches sont beaucoup plus récente. Elles sont aussi plus rigoureuses et plus systématiques : le recoupement de leurs résultats aidera d'ailleurs à se faire une idée plus précise du phénomène.

En France, enfin, quelques cas célèbres ont longtemps défrayé la chronique, notamment celui du fameux curé d'Ars, régulièrement poursuivi par des esprits frappeurs, incendiaires ou destructeurs. Quand ils n'étaient pas tentateurs... La plupart des données contemporaines sont centralisées par la Gendarmerie nationale, qui les étudie attentivement et qui leur a consacré un petit bureau d'études.

Le cas de poltergeists le plus spectaculaire est très récent : il s'est manifesté d'août 1977 à septembre 1978, à Enfield, dans la banlieue nord de Londres. Plus de mille cinq cents incidents de nature PKSR ont été enregistrés, en présence de nombreux spécialistes venus étudier le problème. On a vu, parmi eux, des assistantes sociales, des thérapeutes du langage, des photographes, des psychologues, des prêtres et, bien entendu, des journalistes.

Au début, les phénomènes n'ont pas été très gênants : un léger bruit de pas dans une chambre. Ensuite le poltergeist s'est manifesté par des bruits plus marqués. Une voix profonde, rude et presque méchante, a pu être enregistrée à plusieurs reprises sur un magnétophone. Cette voix devait faire l'objet de nombreuses tentatives d'identification.

"Elle" a d'abord déclaré appartenir à un homme de soixante-douze ans, qui aurait habité dans une rue voisine. Un auditeur l'aurait identifiée comme étant celle d'un de ses oncles, un vieil original surnommé "le gitan". Mais aucune piste ne devait aboutir à la moindre preuve...

D'autres fois, l'esprit faisait voler un jouet sur la tête d'un photographe. On a vu de spapiers et des vêtements s'enflammer spontanément, des boîtes d'allumettes prendre feu à l'intérieur d'un tiroir, des couteaux et des théières se tordre devant des témoins ou des pierres éclater sur le sol.

Particulièrement vigoureuse, cette force inconnue devait également soulever la cuisinière à gaz ou projeter, hors de la maison, des meuble aussi lourds qu'un sofa, une commode ou un lit à deux places !

Au milieu de tous ces phénomènes : Janet, une fillette de douze ans. Elle fut plusieurs fois sujette à des phénomènes de lévitation involontaire, certifiés par des témoins. Avec sa soeur, elle devait être si souvent jetée hors de son lit par l'esprit qu'elle avait décidé, à la fin, de dormir par terre.

Le phénomènedevait finalement cesser, les parents finissant par s'amuser de ce poltergeist plutôt inoffensif et le traitant avec un humour et un calme délicieusement britanniques.

Généralement, un effet de poltergeist se fait annoncer par une série de coups mystérieux. Les exemples abondent et il est inutile de les détailler. Il peut arriver, pourtant, que des poltergeists débutent par des déplacements d'objets ou par d'autres manifestations insolites.

On cite souvent le cas d'une famille allemande de Neudorf, dans l'Etat de Bade, qui a vu une série de clous apparaître au plafond et tomber un à un. Ces clous se trouvaient, l'instant d'avant, dans une armoire fermée à clé. Cette même famille a pu apercevoir - le fait est certifié par le maire de Neudorf - des cintres qui prenaient leur vol à angle droit ou des objets qui sortaient des murs en étant chauds.

Cette chaleur est rapportée, en France, dnas la plupart des cas de PKSR, par les témoins qui ont ramassé des pierres mystérieuseent jetées...

Les voix non identifiables sont un des aspects les plus spectaculaires de ces poltergeists. Selon Gilles de Tourette, un médecin français du XIXe siècle, les epsrits frappeurs manifesteraient souvent des symptômes de traumatismes apparentés à la copropraxie (penchant à la scatologie) et à l'écholalie (la répétition absurde de discours entendus). Souvent, on a pu observer que les jeunes gens "possédés" par un esprit poussaient des cris obscènes et répétaient des phrases incohérentes. De tels symptômes se retrouvent chez les enfants traumatisés pour de tout autres raisons, par exemple le divorce de leurs parents.

La combustion spontanée est très souvent associée à une activité de PKSR : il existe de nombreux témoignages d'incendies déclenchés en l'absence de toute tentative volontaire directe.

Hormis les classiques jets de pierres, il existe enfin toute une série de manifestations de poltergeists absoluement étonnantes. En 1962, à Indianapolis, aux Etats-Unis, une famille est victime d'un esprit très calme, qui ne déplace rien. Il se contente de... mordre ! Surtout la grand-mère ! Il la pique également à de nombreuses reprises. Une enquête rigoureuse menée sur place a, bien entendu, trouvé la traditionnelle jeune fille en crise pubertaine. Toutefois, aucune supercherie n'a pu être établie pour les morsures.

En février 1958, la famille Hermann, de Seaford, aux Etats-Unis, est victime d'un esprit... déboucheur. Il renverse bien, de temps à autre, tous les bibelots de la maison, mais sa préférence va à tous les récipients en forme de bouteille, qu'il s'agisse d'eau minérale, de médicaments ou d'eau bénite, inefficace contre cette magie !

Les policiers et les parapsychologues appelées en renfort ne peuvent que constater l'ampleur des dégâts. Au centre de toute l'affaire, il y a, comme toujours, un jeun enfant : James, douze ans, qui ne s'aperçoit de rien quand les bouchons s'envolent. Une étude minutieuse des objets déplacés permet d'établir que l'intensité de la PKSR est directement proportionnelle à la proximité de James. Les lois "naturelles" de l'énergie sont donc respectées : plus on s'éloigne de la source d'énergie et plus elle devient faible...

Il est très rare que des phénomènes de poltergeists surviennent hors du domicile de la personne qui les provoque. C'est pourtant ce qui s'est passé, en décembre 1960, en Écosse. Virginia Campbell, onze ans, transportait son "esprit" à l'école et lui faisait ouvrir son pupitre à un moment où elle se trouvait elle-même dans l'impossibilité matérielle de le faire. Virginia faisait même voler la baguette de sa maîtresse loin du tableau. Elle s'excusait auprès de celle-ci : "Je vous assure, mademoiselle, ce n'est pas moi !"

Dans tous les cas, à de rarissimes exceptions près, ces phénomènes de PKSR paraissent donc liés à des jeunes gens en âges pubertaires. Est-ce le passage à l'âge adulte qui détermine l'arrivée de ces esprits frappeurs ? N'est-ce pas, plutôt, un phénomène lié à une certaine tension sexuelle ? Les réponses demandent à être nuancées.

Les fantômes de la Tour de Londres

Le spectre d'Anne Boleyn apparaît à une sentinelle
Les fantômes de la Tour de Londres


Personnage des légendes relatives aux manifestations possibles d'un individu après sa mort, la figure du revenant se rencontre dans toutes les traditions culturelles du monde.

Le folklore britannique a, quant à lui, si totalement intégré le fantôme que l'adjectif "hanté" vient naturellement à l'esprit dès que l'on parle d'un manoir ou d'un château britannique. Bien sûr, la plus célèbre des forteresses britanniques, la Tour de Londres, a, elle aussi, son lot d'apparitions célèbres.

Une sentinelle au tribunal

Décapitée sous l'accusation d'adultère par un bourreau venu spécialement de France, le 19 mai 1536, Anne Boleyn, exécutée mille jours après avoir épousé Henri VIII, est la deuxième des six épouses et la première des victimes du roi qui inspira la sinistre légende de Barbe-Bleue. Après l'exécution, sa dépouille est enterrée à la hâte dans la chapelle Saint-Pierre, à la Tour de Londres, où elle est restée prisonnière. Dès lors, et pendant des siècles - la dernière apparition remonterait à 1933 -, son spectre apparaît à intervalles réguliers, parfois conduisant une processions dans la chapelle Saint-Pierre ou, seule, dans d'autres endroits de la vieille forteresse. Une des plus impressionnantes manifestations du fantôme se produit toutefois dans l'hiver 1864. Une nuit, une sentinelle est retrouvée inconsciente. Accusé de s'être endormi à son poste, l'homme comparaît devant un tribunal militaire. Il raconte que, vers l'aube, il a vu sortir du brouillard une silhouette blanche. Un bonnet la surmontait, sans tête en dessous, et elle se dirigeait vers lui. Après avoir fait les trois sommations d'usage, le soldat s'est approché de la forme; mais, lorsque la baïonnette de son fusil a traversé celle-ci, un éclair s'est propagé le long du canon et lui-même s'est retrouvé assommé par le choc.
Tout cela ressemblerait à une excuse bien trouvée, si deux autres soldats ainsi qu'un officier ne témoignaient, après la déposition de l'accusé, avoir eux aussi aperçu le spectre par une fenêtre. Lorsqu'il s'avère que la forme, dans les quatre cas, a été vue juste sous l'ouverture de la pièce dans laquelle Anne Boleyn avait passé sa dernière nuit avant son exécution, le tribunal choisit de relaxer la sentinelle.

Le cadavre d'un chat...

Le long passé de prison d'État de la Tour et la qualité de nombre de ses détenus et des victimes exécutées entre ses murs font du bâtiment (construit par Guillaume le Conquérant à la fin du XIe siècle) un véritable terrain de prédilection pour les fantômes.
De grandes dames du royaume, assassinées là, habiteraient ainsi le bâtiment, se promenant sur les remparts, longeant les corridors, traversant les murs. Margaret, comtesse de Salisbury, par exemple, exécutée en 1541 à l'âge de soixante-dix ans dans des conditions atroces - le bourreau dut s'y reprendre à trois fois pour la décapiter -, "revivrait" périodiquement ses derniers moments sous les yeux horrifiés des gardes, seuls humains vivants à fréquenter les lieux pendant la nuit.
Mais des hommes aussi hantent la Tour. Le plus ancien fantôme est celui de saint Thomas Becket, assassiné en pleine messe dans la cathédrale de Canterbury en 1170, et qui reviendrait quelquefois visiter la Tour dont il fut un temps gouverneur. Un autre spectre illustre est celui du grand explorateur sir Walter Raleigh, emprisonné par Jacques Ier pour complot de 1603 à 1616, relâché deux ans, puis de nouveau enfermé, et décapité.
Mais deux enfants, le jeune prince Edouard V et son frère le duc d'York, tués par leur oncle Richard III en 1483, se promèneraient aussi quelquefois dans les couloirs, vêtus de robes blanches et se tenant par la main.
Curieusement, le donjon de la forteresse, la Tour blanche, paraît n'avoir jamais été hanté par qui que ce soit. La tradition veut qu'au début de sa construction, au XIe siècle, il y ait été pratiqué un sacrifice animal destiné à éloigner les esprits malfaisants. Or, au cours de travaux effectués au XIXe siècle, des ouvriers ont découvert à l'intérieur d'un des murs maîtres le squelette d'un chat...

Quelles explications pour les fantômes ?

Pour les sceptiques, les apparitions n'ont de réalité que dans l'esprit de ceux qui les voient. Les parapsychologues modernes partagent ce point de vue pour bien des cas, mais soutiennent qu'une minorité de témoignages résistent à toute tentative d'explication rationnelle.
Les fantômes, selon eux, apparaissent "spontanément" ou leur manifestation est "provoquée" par un médium.
En quoi consistent-ils exactement ? Pour certains, le spectre est la manifestation de l'esprit d'un mort; pour d'autres, il est le produit de l'esprit du médium ou du témoin qui assiste à l'apparition.
La première explication postule l'existence d'une entité indépendante du corps (l'âme ?), capable de survivre au décès et de devenir plus ou moins visible à volonté. La seconde explication ne rejoint qu'en apparence celle des sceptiques; elle suppose en effet que ce que voient les témoins a une existence tangible au lieu de relever du seul fantasme psychique.

Châteaux royaux hantés de Grande-Bretagne

Innombrables sont les châteaux britanniques que l'on dit hantés. Les résidences royales n'échappent pas à cette règle.
Glamis Castle, en Ecosse. Cette demeure de la famille de l'actuelle reine mère voit ses couloirs hantés par le spectre d'une jeune femme exécutée au XVIe siècle, Janet Douglas. Mais d'étranges parties de cartes s'y déroulent aussi, entre des joueurs morts depuis le XVe siècle. Enfin, un fils contrefait de la famille, enfermé entre quatre murs de son vivant, hurlerait encore sa douleur, certaines nuits.
Hampton Court. Cette résidence,où vécurent Henri VIII et ses femmes, est hantée par les apparitions de celles-ci : Anne Boleyn elle-même; Catherine Howard, cinquième épouse du roi, décapitée pour adultère en 1542; et Jane Seymour, qui mourut en couches en donnant à son époux un fils. Mais d'autres spectres, ceux de la nourrice d'Edouard VI, la reine Elisabeth Ier et le roi Henri III, hanteraient aussi le château.
... Et Windsor. Les forêts de ce château, enfin, seraient parcourues par un cavalier fantôme : le spectre d'un jeune chasseur nommé Herne, un temps favori du roi du roi Richard II, et qui se suicida après sa digrâce. La dernière apparition du fantôme remonterait à 1976, année où le cavalier surgit de la nuit devant un jeune homme, qui en tomba évanoui de frayeur...

Le faux fantôme de Toronto

Le faux fantôme de Toronto

C’est l’une des expériences les plus importantes et les plus réussies, dans la jeune science de la parapsychologie, que celle qui débuta à Toronto, au Canada, en 1972. Partant d’une vaste expérience de « poltergeist » du docteur Georges Owen, fondateur de la Society for Psychical Research de Toronto, un groupe de membres de cette société décida d’essayer consciencieusement de créer un fantôme.

On commença par réunir une immense documentation scientifique, tant sur la parapsychologie que sur la psychologie et la physique. De plus, l’un des membres composa une biographie totalement fictive du fantôme, l’histoire étant centrée sur le manoir de Diddington, dans le Warwickshire, en Angleterre.


L’histoire de Philippe, le fantôme de Diddington

La demeure existe réellement, mais son nom est légèrement modifié. L’histoire a été située au milieu du XVIIe siècle et concerne un membre de l’aristocratie, Philippe, et son épouse frigide, Dorothée, qui lui faisait une vie de mari malheureux.
Un jour, il a la chance de rencontrer une bohémienne – une « gipsy », comme les appellent les Anglais – belle et bonne. Elle se nomme Margot. Ils se revoient en secret et tombent amoureux l’un de l’autre.
Quand les frères de race de Margot quittent la région, Philippe installe celle-ci dans une chaumière sur ses terres. Et c’est quelque temps de bonheur sans mélange, jusqu’au jour où Dorothée découvre leur liaison.
Elle n’a alors rien de plus pressé que de dénoncer la maîtresse de son mari comme sorcière. Philippe, ayant peur de trop se compromettre, ne fait que peu d’efforts pour la sauver. Et la jolie gipsy monte sur le bûcher. Philippe, rempli de remords, court aux combats comme un forcené qui cherche la mort : il la trouve donc !

L’expérience commence …

Le groupe de Toronto fit des recherches poussées sur ce qu’avait pu être cette aventure, en lisant et dépouillant de nombreux livres d’histoire sur cette période. Un des membres poussa même la recherche de la véracité jusqu’à aller visiter l’Angleterre et à prendre des photos de Diddington et des autres lieux impliqués dans cette sombre et tragique histoire.
Tant et si bien que Philippe et les autres protagonistes devinrent très nets et précis dans l’esprit des expérimentateurs. L’un d’eux fit même une esquisse de Philippe. De multiples entrevues, de longues conversations achevèrent de clarifier le sujet, ainsi que de contribuer à la bonne entente et à l’homogénéité du groupe. Parfois, ils essayent aussi de produire Philippe sous la forme d’une hallucination collective…
Mais Philippe ne veut pas apparaître ! Le fantôme ne donne pas signe de vie.
Découragement de nos amis de Toronto, jusqu’à ce jour de 1973, où ils ont la chance de découvrir un compte rendu de recherches du même genre, effectuées par trois confrères britanniques : des phénomènes physiques apparemment paranormaux ont été produits sans l’intervention d’aucune influence psychique extérieure.
Ce compte rendu (publié dans le journal de la SPR de Londres) prétendait que ces phénomènes psychokinétiques pouvaient être produits par presque n’importe qui. Suivant quelques directives : il faut y croire et ne s’étonner de rien, entre autres.
Alors le groupe changea de méthode. Au lieu d’une méditation calme, dans la demi-obscurité, on instaura une atmosphère gaie, détendue, sans la présence d’aucun médium : c’est Philippe lui-même qui devait produire les phénomènes ! Et de parler à la table autour de laquelle ils étaient, comme si elle eût été Philippe !
Au bout de quelques semaines seulement, les phénomènes commencèrent à se manifester : par exemple, des mouvements de table, comme dans la plupart des séances de spiritisme. C’est alors que l’un des assistants remarqua : « Je serais curieux de savoir si c’est Philippe qui fait cela ? » En réponse, un grand coup retentit, venant du haut de la table, et qui fit vibrer tous les meubles de la pièce : Philippe était arrivé et avait répondu…

Philippe entre en contact

Après l’établissement d’un code simplifié – un coup pour oui, deux pour non – commença une extraordinaire étude de psychokinésie.
Ils étaient habituellement huit à travailler ensemble sur ce sujet, et à se rencontrer régulièrement dans une pièce spéciale, à Toronto, réservée à leur groupe. Sous une bonne lumière, ils s’asseyaient autour de la table, plaçaient leurs mains dessus et disaient : « Hello ! Philippe ! » Et à chaque salut, un coup bien net dans le bois, sous la main, marquait la réponse du fantôme.
Rapidement, le phénomène prit des proportions telles que la table se mit à courir tout autour de la pièce et que les expérimentateurs eurent bien de la peine à y maintenir leurs mains.
Un jour, la table décolla du plancher. Un contact réel était bel et bien établi avec cet imaginaire Philippe : par coups, grattements et même lueurs vacillantes autour de son portrait qui trônait au mur de la pièce. Et le dialogue s’établi peu à peu entre le fantôme et ses questionneurs. Il répondait conformément à sa biographie inventée, et, parfois, il en rajoutait, mais alors ces rajouts ne collaient pas toujours avec la réalité historique : ils semblaient dépendre de ceux qui étaient présents. La présence de quatre membres (sur huit) suffisait pour déclencher les phénomènes.
Au bout d’un certain temps, Philippe accepta la présence d’un ou deux visiteurs. Même avec trois, les coups eurent lieu, mais les mouvements de table diminuèrent. Plus d’une fois, la table poursuivit quelqu’un à travers la pièce, tandis que les autres riaient de la bonne farce. La victime n’avait qu’une ressource : s’enfuir par la porte…

Philippe devient célèbre

Au début de l’année 1974, le groupe de Toronto prit la décision de tourner un film documentaire pour raconter l’histoire de la création de Philippe et – on l’espérait – enregistrer les mouvements de la table et les coups.
On ne rencontra pas de difficultés, et, ainsi, naquit le film Philippe, le fantôme imaginaire. Philippe obtint même les honneurs de la télévision de Toronto, dans un programme comportant une discussion. La table avait été amenée sur le plancher du studio, avec le groupe des expérimentateurs et l’auditoire, tandis que le groupe de discussion était assis sur une estrade.
A l’occasion, la table se déplaça rapidement autour du studio en faisant sa gymnastique habituelle, allant même jusqu’à grimper trois marches de l’estrade, où Philippe estimait sans doute qu’il aurait dû se trouver, en compagnie du présentateur et des participants à la discussion.
On pria le présentateur de dire : « Hello ! » à Philippe, et, à sa vive surprise, il reçut un grand coup sous la main. Aux questions qu’il posa ensuite au fantôme, celui-ci répondit par des coups dans la table. Aucun soupçon de fraude ou de tricherie ne vint ternir cette émission de télévision et tous les assistants demeurèrent stupéfaits devant ces manifestations, se demandant comment une pensée collective pouvait produire des effets physiques sur une table. L’action d’un seul médium est bien connue, mais celle de tout un groupe, avec sa diversité psychologique, continue de poser une question sans réponse.
Quoi qu’il en soit de ce mystère sans solution, notons, à la suite du groupe de Toronto, que Philippe était nettement un composite de tous ses créateurs. D’autre part, s’il arrivait que l’un d’eux mît en doute la réalité du fantôme, les phénomènes s’arrêtaient, mettant en évidence la justesse du dicton affirmant que la foi peut déplacer les montagnes.

Une expérience à la portée de tous

Nous sommes donc en présence du pouvoir créateur de la pensée, dont l’une des applications est la guérison par la foi. Par sa puissance – consciente ou inconsciente – l’esprit provoque des phénomènes physiques, c’est devenu une vérité quasi indiscutable. Ce serait donc cette puissance, multipliée par huit, qui pourrait apporter l’explication à cette stupéfiante création de fantôme ex nihilo. Mais il a fallu à nos huit expérimentateurs faire table rase de tout leur esprit logique et critique – ce que nous appelons chez nous le cartésianisme – et retrouver « l’esprit d’enfance ».
Ajoutons que le succès du groupe Philippe suscita des imitateurs qui réussirent aussi bien, et même plus vite. Mais l’explication complète et définitive de ces créations nous manque toujours.
Cette intéressante histoire illustre les pouvoirs de la suggestion.
Ainsi, ce groupe de chercheurs a réussi l’étonnante gageure de créer un être immatériel, pouvant non seulement se manifester psychiquement, mais aussi intervenir directement sur la matière au cours de séances bien particulières.
Le fait que l’expérience puisse être recommencée sans aucune précaution relativise la prétendue existence de forces occultes dans le royaume des morts.

Feux de Saint-Elme et fantômes

Feux de Saint-Elme et fantômes

Pâles, silencieuses, d’étranges lueurs en forme de flammes apparaissent parfois, la nuit, dans d’anciens cimetières ou sur la mer. S’agit-il d’âmes fantômes ?


Le feu follet constituait une partie du domaine des fantômes en Europe jusqu’à l’avènement de l’éclairage au gaz. Certains disaient que c’était une âme perdue, menant traîtreusement les voyageurs vers une lande solitaire ou vers un marécage dangereux. D’autres prétendaient que c’était un esprit essentiellement bienfaisant et que, si vous aviez le courage de creuser à l’endroit indiqué par sa voltigeante lumière bleue, pendant la nuit de Walpurgis, vous découvririez des trésors enterrés.


Mauvais, bon ou indifférent, le feu follet n’était pas, comme certains fantômes, le produit d’une imagination surchauffée : quiconque osait s’aventurer dans certaines régions de campagne après le crépuscule pouvait observer, par lui-même, l’éclat mystérieux. Mais, avec l’arrivée de l’éclairage au gaz, même les gens de la campagne apprirent la vraie nature du feu follet : c’étaient simplement des gaz des marais qui brûlaient, semblables à la matière dont ils se servaient maintenant pour éclairer leurs maisons et leurs rues. Si sa beauté demeurait, son mystère s’était évanoui.
Au fur et à mesure que passent les années, la science, au grand désappointement des esprits romanesques, a expliqué la plupart des lumières mystérieuses : étoiles filantes, foudre en boule, réflexions ou réfractions lumineuses venues de l’atmosphère ou de la surface des eaux…

Les spooklights américains

Mais ces phénomènes mystérieux n’ont pas tous succombé aussi aisément devant l’explication. Il en est encore qui refusent de se laisser enfermer dans un modèle connu. Et bon nombre de ces derniers semblent particuliers aux Etats-Unis.
C’est pourquoi les chercheurs américains du domaine psychique les ont baptisés spooklights, ce qui signifie lueur à la fois fantomatique et nocturne. Une des ces histoires classique de spooklight américaine a ses racines solidement enfoncées dans la tradition surnaturelle. S’il en existe une explication complètement rationnelle, elle est encore à venir, bien que plusieurs théories intéressantes aient paru au cours des années.

La Palatine

L’histoire commence dans la réalité quotidienne avec le voyage de La Palatine, un vieux navire qui quitte la Hollande à l’automne de 1752, bourré de familles hollandaises partant à l’assaut d’une autre vie sur le Nouveau Monde.
La destination officielle du navire était Philadelphie, mais plusieurs facteurs se combinèrent pour en décider autrement et lui faire atteindre un autre port. Parmi ces facteurs déterminants, il y avait un capitaine toujours ivre, un équipage hargneux et la persistance du mauvais temps.
Comme le bateau approchait de la côte de la Nouvelle-Angleterre, une vive discussion éclata entre les officiers au sujet de sa position exacte. Et pendant la dispute qui s’ensuivit, le capitaine, de manière accidentelle ou poussé par ses officiers, tomba par-dessus bord. Lâchement, les hommes d’équipage décidèrent de sauver leurs têtes, et après avoir volé aux passagers tous ce qu’ils purent trouver comme argent, ils mirent à la mer les deux seuls canots de sauvetage et s’enfuirent, abandonnant les malheureux colons à leur sort.
Un matin, entre Noël et le jour de l’An, La Palatine, avec ses infortunés passagers, s’échoua sur la côte désolée de la petite île de Block, à quelques 18 km de Long Island, entre Montauk et Gay Head. La communauté locale de pêcheurs, habitués à augmenter leurs pauvres moyens d’existence du produit des épaves, ais les passagers à quitter le rafiot ; mais ensuite ils pillèrent le bateau, puis l’incendièrent, et enfin le repoussèrent vers la haute mer dans l’espoir qu’il y coulerait.
Tels sont les faits. Mais la tradition ajoute qu’une femme terrifiée s’était cachée au-dessous des ponts. Comme la carcasse en feu était emportée par la marée, les spectateurs, horrifiés, la virent debout, accrochée à la rambarde, et hurlant « Au secours ! » Mais il n’y avait plus rien à faire, il était trop tard !
Depuis cette époque, les gens vivant sur la côte de Rhode Island (qui fait face à l’île de Block) ont, de temps à autre, raconté qu’ils voyaient la silhouette flamboyante d’un navire pendant la semaine de Noël. Parfois celui-ci apparaît d’un blanc lumineux. En 1969, plusieurs personnes ont raconté au journal local, The Westerly Sun, qu’il y avait « une grande boule de feu rouge sur l’océan ».

Le Hollandais Volant

Nous devons l’un des meilleurs récits au propriétaire d’un bateau de pêche de Long Island, récit paru en 1882 dans la célèbre et sérieuse revue The Scientific American. Et ce témoin a même proposé une explication satisfaisante : « Il était en expédition de pêche quand l’un de ses seconds dit tout à coup : « J’espère que nous n’allons pas quitter la Pointe », en désignant Montauk. Je lui demandai pourquoi. Il paraissait parler de la pêche, mais à la fin finit par lâcher la vraie raison : il avait vu un voilier naviguant au plus profond de la nuit dans un silence de mort. »
On se moqua de lui avec mépris et le bateau jeta l’ancre dans la baie du Jardinier, à quelques milles à l’ouest de l’île de Block. Or, cette nuit-là, le patron fut brusquement réveillé par le second qui le secouait en lui montrant du doigt, avec inquiétude, la mer !
« Certainement, c’était une grosse goélette. Il n’y avait pas un souffle de vent dans la baie et, pourtant, elle avançait à la vitesse de dix nœuds, droit sur nous. Je bondis dans le gréement et je hurlai : « Oh ! De la goélette ! » et lui criai de se détourner, mais, dans la seconde même, les voiles blanches furent sur nous. Je lançai les mains en avant pour repousser et me préparait à sauter, quand, brusquement, le navire disparut et l’homme de barre surgit sur le pont en demandant si nous avions… la berlue. J’aurais juré, raconta le patron, que j’avais vu le hollandais volant. »
Et, une semaine après, il revit la « chose », contournant cette fois son bateau et rentrant dans la baie. Agissant suivant son impulsion, le patron ordonna à l’homme de barre de prendre en chasse le « fantôme », alors que son bateau était en train de déployer son filet…
« Aussi sûr que vous êtes vivant, nous avons fait le plus gros coup de filet de mémoire d’homme. Et je pense que la lueur était, en fait des voiles blanches, ni plus ni moins que la phosphorescence émanant de ce gros banc de poissons. C’est l’huile de tant de millions de poissons se déplaçant ensemble qui devait suffire pour produire cette lueur. Mais vous rencontrerez des hommes tout le long des côtes de Long Island qui croient à la venue de temps à autre d’une espèce de caboteur dans le style des fantômes. »

Le feu de Saint-Elme

Le professeur W.F. Ganong a fait une première enquête de quelque importance au tournant du siècle, et ses découvertes ont été publiées par le Bulletin de la Société nationale historique de la province du Nouveau-Brunswick. Après avoir interrogé de nombreux témoins et examiné tous leurs récits, il en tira quatre points positifs, qu’il appela « la base de fait du navire de feu (ou fantôme) ». Il est apparu comme évident pour l’auteur :
- qu’on voit fréquemment sur l’eau une lumière physique ;
- qu’elle apparaît en toutes saisons, ou, au moins, en hiver et en été ;
- Qu’elle précède habituellement une tempête ;
- Que sa forme est grossièrement hémisphérique, avec le côté plat sur l’eau, et que, certaines fois, elle brille simplement sans beaucoup changer d’aspect ; mais que, d’autres fois, elle s’élève en légères colonnes mouvantes, donnant naissance à une forme qu’on peut interpréter comme la voilure flamboyante d’un navire.
Le professeur Ganong inclinait vers l’opinion selon laquelle le « fantôme » était dû au « feu de Saint-Elme », mais il ajoutait prudemment que, « ne connaissant pas les autres rapports sur les phénomènes de cette sorte », il « ne pouvait se prononcer valablement ».

Les feux de la montagne Brune

Cependant, guère plus d’une décennie après, des fantômes lumineux et nocturnes très semblables firent l’objet d’une enquête gouvernementale.
Depuis 1850, les habitants de la zone de la pointe de Rattlesnacke, dans l’Etat de Caroline du Nord, avaient observé des lumières, parfois rouges, parfois blanc jaunâtre, apparaissant au-dessus du plateau de la montagne Brune, qui s’élève à 700 ou 800 m et qui est un affleurement quelque peu émoussé des Appalaches. Il naquit et grandit des histoires d’ « esprits » sur la montagne, tandis qu’un certain nombre de gens étaient allés vainement à la recherche de feux de broussailles.
Pendant une soixantaine d’années, l’on continua de voir les lueurs de la montagne Brune, tant et si bien qu’un jour un membre du Congrès de Caroline du Nord finit par en parler à Washington et qu’en 1913 un enquêteur du Service géologique des Etats-Unis fut envoyé sur place pour étudier le phénomène. Examinant la montagne, il trouva qu’elle était constituée de granit ordinaire (dit de Cranberry), largement répandu dans la région.
Il n’y avait pas de marécage sur les pentes de la montagne : il fallait donc éliminer la théorie des feux follets. Des témoins affirmèrent que les lumières apparaissaient d’ordinaire vers 7 heures du soir, duraient quelque trente secondes, et s’évanouissaient pour réapparaître, parfois, à quatre ou cinq reprises avant de disparaître « comme une fusée de feu d’artifice qui éclate ».
Le géologue rédigea par acquit de conscience un rapport où il attribuait toutes les lumières aux phares des locomotives. Le membre du Congrès qui avait entamé l’enquête se montra contrarié de cette conclusion et insista pour qu’on envoyât une seconde mission.
Le nouvel enquêteur poussa plus loin, mais, après avoir étudié les cartes et les détails géologiques de la zone de la montagne Brune, il prétendit que 47 % des phénomènes avaient pour origine les phares des locomotives, 33 % ceux des autos et les 20 ù restants les lumières fixes et les feux de broussailles. Il ajouta que le site au pied de ladite montagne était tour à tour couvert de poussière et de brume, un ensemble de conditions qui rendaient l’air très réfringent.
Cependant, un rapport ultérieur de 1925 signala plusieurs erreurs évidentes dans la théorie de la réfraction, la moindre n’étant pas que les lumières avaient été régulièrement observées et enregistrées pendant soixante-dix ans, soit plusieurs décennies avant la construction du chemin de fer dans la région et un demi-siècle avant l’apparition des automobiles ! De plus, une saison d’inondations en 1916 avait interrompu pendant quelque temps le trafic ferroviaire et routier, et, pourtant, les lumières « fantômes » étaient apparues.
Voici toutefois une indication peut-être significative : les lumières disparaissent soit pendant de longues périodes, soit pour quelque temps après une sécheresse prolongée. Il se peut donc que l’eau soit favorable à l’apparition de ces lumières fantômes : la rivière John traverse la montagne Brune.
Depuis 1925, personne n’a offert aucune autre explication, et les lumières brillent toujours. On peut être surpris que depuis l’entrée dans nos préoccupations des fameuses « soucoupes volantes » personne n’ait songé à attribuer ces lueurs fantomatiques justement à ces engins.

Le triangle du Spring

Dans la zone des « trois États », où se rencontrent le Kansas, le Missouri et l’Oklahoma, d’autres lueurs fantomatiques apparaissent avec tant de régularité qu’elles ont donné lieu à une industrie touristique ! Cette zone constitue un triangle dont les pointes sont marquées par les villes de Columbus, de Joplin et de Miami (pas celle de Floride), distantes les unes des autres de quelque 30 km.
Là aussi il y a une rivière qui traverse ce triangle : le Spring, et la proximité de la route nationale 66 semble accréditer la thèse – encore une fois – selon laquelle ces lueurs proviendraient des phares des automobiles, réfractées par le brouillard qui s’élève de la rivière.
Thèse qui peut sembler confortée par le fait que, vues à travers des binoculaires, quelques-unes de ces lueurs apparaissent en paires parallèles avec, en même temps, des éléments de chaque paire soit blancs, soit rouges, comme cela se passe avec l’éclairage avant et arrière des véhicules sur une autoroute.
A l’encontre de cette thèse, on a formulé la même objection que pour les phénomènes signalés à la montagne Brune : ces lueurs ont une histoire datant de bien avant l’automobile. Parfois même, elles donnèrent l’impression de poursuivre ceux qui les regardaient : c’est ainsi qu’un fermier, labourant la nuit au projecteur, abandonna son tracteur et prit la fuite, terrorisé, lorsqu’un globe rouge fonça sur lui. Précisions que les lueurs de la zone des « trois Etats » n’ont jamais fait qu’effrayer et fasciner, si bien que les hôtelier et les patrons de bars des trois villes du « triangle » ont annoncé les attractions de Spookville – comme ils appellent cette région – dans leurs brochures touristiques. On fait de l’argent facilement aux Etats-Unis…

La montagne Humide

Il existe un bon nombre d’autres sites à lueurs fantomatiques aux Etats-Unis. L’un de ceux qu’on a le plus étudiés et qui intriguent le plus pourrait bien être celui qui se situe sur une colline de la zone de la vallée de la montagne Humide dans l’Etat du Colorado, non seulement à cause des lueurs qui apparaissent presque toutes les nuits depuis tout un siècle, mais aussi à cause de leur localisation sur la scène des hantises traditionnelles : un cimetière abandonné.
Il s’agit d’un épisode de la « ruée vers l’argent », qui fit surgir en 1880 une ville-champignon de cinq mille habitants. Le site est presque désert aujourd’hui.
Quant au phénomène lumineux qui nous intéresse, il apparut peu après l’ouverture du cimetière : des ivrognes racontèrent avoir vu d’étranges lueurs bleues sur chaque tombe. Mais il y eut confirmation par des hommes qui n’étaient pas imbibés de whisky. Un premier article, paru dans le journal local, en parla longtemps après, en 1956. Mais c’est seulement en 1967 que le New York Times envoya un reporter sur place.
Enfin, un des rédacteurs de la très sérieuse revue The National Geographic, Edward J. Linehan, décrivit les lueurs qu’il avait vues en compagnie d’un habitant de la ville voisine de Westcliffe : des lueurs d’un blanc bleuté brûlant au-dessus de chaque tombe. Elles disparaissaient et réapparaissaient. Les deux hommes se livrèrent à une illusoire poursuite pendant un quart d’heure, de tombe en tombe – une vraie partie de cache-cache -, mais sans aucun résultat quant à l’origine du phénomène.
On leur dit – ici comme ailleurs – que ces lueurs étaient dues à la réflexion des lumières de Westcliffe. Mais ce ne peut être la bonne explication, car les feux follets se montrent au cimetière même quand il fait un brouillard à couper au couteau et que la ville est, par conséquent, absolument invisible.
D’autres explications se fondent sur la prétendue présence d’un minerai radioactif, ce qui fut contredit par un compteur Geiger. On a encore voulu faire intervenir une peinture fluorescente, dont des mystificateurs auraient barbouillé les tombes, mais il fallut bien reconnaître qu’il n’y en avait nulle trace.
L’argument des gaz émanant des corps en décomposition semble un peu dépassé ; en effet, le dernier enterrement remonte au tournant du siècle, à plus de soixante-quinze ans !
Enfin, pour ce qui est des « effets spéciaux » provoqués sur la fameuse colline par l’éclairage à vapeur de mercure de Westcliffe, il y a deux objections : d’abord, ce système n’a été installé que récemment ; ensuite, même lors de coupures de courant qui, parfois, ont plongé la ville dans le noir, les lueurs sont tous de même apparues sur les tombes.
« Des mineurs, morts au siècle dernier, continueraient-ils de chercher de l’argent sur la colline déserte ? » a demandé ensuite, en guise de conclusion et avec un humour tout américain, Edward J. Linehan…

Les fantômes des armées

Les fantômes des armées

Les fantômes ne sont pas toujours les entités solitaires qui hantent les vieilles demeures historiques. Parfois, ils apparaissent en grand nombre et rejouent d’anciennes batailles. Une évocation troublante.



14 juin 1645, la bataille de Naseby

La bataille de Naseby, dans le Northamptonshire, en Angleterre, eut lieu le 14 juin 1645. Ce fut l’un des engagements les plus importants de la guerre civile anglaise et il se termina par la déroute des forces royalistes. Mais il semble qu’il ne se déroula pas qu’une seule, mais à plusieurs reprises, et qu’il se « rejoua » chaque année pendant environ un siècle. Les villageois du coin avaient pris l’habitude de se réunir sur une hauteur proche pour assister à la répétition de la bataille. Ils entendaient le canon et voyaient les hommes combattre et tomber, les bannières flotter et la cavalerie charger : ils entendaient même les cris et les plaintes des blessés. Et tout cela se passait dans le ciel au-dessus du champ de bataille !
De tels témoignages déconcertent, habitués que nous sommes à admettre – quand nous les admettons – les fantômes comme des apparitions d’un personnage unique. Et pourtant, comme on vient de le voir, il s’en produit où les fantômes se montrent en masse…

La fin du premier marquis de Montrose

Nous avons le témoignage d’une femme écrivain britannique, Joan Forman, qui a fait elle-même l’expérience de la terreur et de la souffrance d’un combat passé depuis longtemps, alors qu’elle voyageait il y a quelques années en Ecosse.
« J’étais, a-t-elle écrit, intéressée par la carrière de James Graham, premier marquis de Montrose. » Ce grand chef de cavalerie s’était montré en Ecosse comme un solide partisan du roi Charles 1er, au cours de la guerre civile.
En 1645, il avait réussi une suite de brillantes marches et contremarches à travers les montagnes et avait remporté des victoires extraordinaires. Mais, vers la fin de l’année, le sort changea. Essayant d’éviter avec sa petite armée une force ennemie beaucoup plus importante, conduite par le général David Leslie, Montrose se dirigea vers un petit plateau proche de Selkirk et s’y installa. Mais Leslie le suivait de très près et tomba sur ses sept cents Ecossais avec une force de six mille hommes.
La tradition locale veut que les royalistes aient été cloués dans la vallée du côté de Minchmoor. A l’autre extrémité de cette vallée se dresse un château connu sous le nom de Newark, perché sur un escarpement qui domine le champ de bataille. On dit aussi que, malgré la promesse de laisser la vie sauve à ceux qui se rendraient, Leslie autorisa le massacre de beaucoup de vaincus après la bataille.
« J’avais déjà des notions sur la bataille, poursuit Joan Forman, mais pas des détails exacts. Aussi je fus heureuse quand un savant historien de Selkirk m’offrit de me guider à travers le site. Nous trouvâmes les ruines du vieux donjon de Newark, isolé dans sa belle vallée sauvage, et nous pénétrâmes dans les ruines de sa cour. Mon guide commença à me décrire la bataille : comment Leslie avait pris la petite troupe de Montrose dans un mouvement en tenaille, et comment, en dépit des charges héroïques du chef royaliste et de sa cavalerie, il les avait finalement cloués sous la masse de Minchmoor.
A ce point du récit, je regardai par-dessus le bord de la cour de Nevark et, sans rien qui m’en avertît, je fus engloutie dans un sentiment de malheur et de désespoir fous. C’était une sensation de tumulte, de nombreuses personnes en train de lutter pour échapper et en train d’être repoussées, pas contre le côté éloigné de la vallée, mais juste au-dessous des murailles du château lui-même. Je demeurai ainsi debout immobile quelques minutes, mais la sensation de ce combat furieux et désespéré me devint intolérable. Je me remis à marcher et m’éloignai. »
Et la narratrice dit à son compagnon ce qu’elle croit : les hommes de Montrose ont été massacrés de ce côté-ci de la vallée et non de l’autre. « Mon guide secoua la tête. Oh non ! dit-il. Je suis sûr que vous vous trompez. Il est reconnu qu’ils sont morts sur le côté le plus éloigné. Je ne poursuivis pas la discussion. »
Mais, tout en s’éloignant, Joan continue de subir les mêmes sensations. Elle est plongée dans une vague de terreur et d’angoisse, qui vient maintenant de la cour même ; elle se sent écrasée sous ce sentiment de peur et de désespoir et, pendant quelques secondes, elle ne peut plus faire un pas. L’air lui semble rempli de cris, bien que ses oreilles ne perçoivent aucun bruit.
Et elle répète, plus convaincue que jamais : « C’est ici ! C’est dans cette cour même qu’on les a tués. Là où je suis en ce moment et au pied du mur, de l’autre côté. On a dû exécuter tout le monde ici, à cet endroit même. »
L’historien reste muet, bouleversé par cette assurance. Il finit par répondre qu’il ne croit toujours pas que le massacre ait eu lieu en cet endroit-ci. Joan n’en dit pas plus. Mais elle est heureuse de quitter le lieu. Le lendemain, l’historien lui téléphone et lui avoue que ce curieux épisode l’a tellement impressionné qu’il a repris son enquête dans les archives locales. « Il semble que vous pouvez avoir raison et que la tradition a tort. » Et Joan Forman de conclure : « Certains de mes ancêtres, appartenant au clan des Graham, ont pu avoir pris part à ce combat. Est-ce cela qui m’a aidée à devenir un « récepteur » particulièrement sensitif pour cette étrange et pénible expérience ? »

La bataille de Windsor

Un autre exemple de « participation » à une bataille de jadis se situe à Windsor, vers 1970. La maison appartenant à M. et Mme Wakefield-Smith était apparemment hantée par un homme au manteau sombre, et l’atmosphère de la demeure devenait désagréable. Le jardin, lui aussi, se révélait comme un endroit « intéressant ».
A son extrémité, les propriétaires ressentirent une fois une grande chaleur et du bruit, et ils eurent l’impression de se trouver au milieu d’une bataille : autour d’eux, ce n’était que fracas de ferraille entrechoquée, comme celui d’épées frappant sur des armures. Aussi soudainement qu’il avait commencé, le phénomène cessa, et le jardin retrouva la paix.
Bien que les bruits entendus paraissent évoquer la période de la guerre civile, la seule bataille figurant dans la tradition locale remonte beaucoup plus loin, puisqu’elle concerne les Romains et les Bretons… Ce qui est intéressant – et mystérieux – dans ce témoignage, c’est la grande chaleur associée à cette manifestation. Généralement, les hantises entraînent, au contraire, une baisse de température, et il en était en effet ainsi en ce qui concernait le fantôme de la maison. Alors, est-ce que cette résurgence de bataille est un phénomène de hantise, ou bien un phénomène tout différent ?

Apparitions dans la Wiltshire

Toutes les manifestations de cette ampleur inusitée ne se rapportent pas précisément à des batailles. C’est ainsi que Miss Edith Olivier, un écrivain du Wiltshire, fut impliquée dans un évènement de ce genre pendant la Première guerre mondiale. Elle se rendait en voiture vers le grand anneau de pierres levées d’Avebury, à une heure crépusculaire.
Quand elle parvint en vue du fameux cercle, elle vit un spectacle qui lui parut celui d’une foire installée autour et au milieu des gigantesques pierres : elle pouvait entendre la musique et voir les lumières des baraques. Mais quand elle eut atteint l’endroit, elle le trouva vide, et l’on entendait pour tout bruit que le vent qui soupirait entre les grands monolithes.
Plus tard, Miss Olivier se livra à une enquête qui lui révéla que, jadis, des foires s’étaient tenus là, mais que la dernière avait eu lieu il y avait au moins cinquante ans !
Cependant, un autre exemple d’apparition de groupe a été recueilli dans le Wiltshire, où l’on dit qu’un détachement de soldats romains marche le long de la vieille route au-delà du camp d’Oldbury. Un berger qui vit une fois la troupe en a donné cette description : « Des hommes avec des barbes, portant des jupes et de gros casques avec des poils au sommet. Et un oiseau sur une perche les précédait. » Bien qu’un peu rustique, c’est une bonne description d’une colonne romaine, avec, en tête, l’aigle qui lui servait d’enseigne.

Le récit du Major McDonagh

Des soldats, en petits groupes ou en armées complètes, en temps de guerre ou de paix, semblent nourrir le répertoire des phénomènes des fantômes de masse. L’un des cas les plus intéressants est celui dû au témoignage du Major A.D. McDonagh, un officier qui servait dans l’armée des Indes, à la frontière du Nord-Ouest.
Le major chevauchait le long d’une rangée de collines près du fleuve Indus. A un moment, il atteignit une hauteur d’où il pouvait embrasser du regard une large vallée en forme de fer à cheval, largement couverte de bois. Comme il regardait avec attention vers le bas, il se découvrit brusquement au milieu d’un groupe important de soldats, apparemment du temps de la Grèce antique et affairés aux devoirs usuels d’un campement militaire. Il vit trois autels et remarqua un groupe d’hommes plus loin, à l’entrée de la vallée, qui étaient rassemblés autour d’un objet.
McDonagh ne put pas voir ce qui attirait leur attention jusqu’à ce qu’il y parvînt. Alors seulement il distingua une dalle de pierre ornée d’une inscription nouvellement gravée. La langue était du grec, dont il n’avait pas la moindre connaissance. Cependant, il se trouve capable de lire et de comprendre ce qui était écrit là : l’inscription semblait se rapporter à la mort de l’un des généraux d’Alexandre le Grand. L’officier britannique décela aussi un sentiment de chagrin chez les hommes parmi lesquels il se trouvait.
Soudain l’expérience finit. Le Major McDonagh se retrouva sur le sommet, regardant en bas la vallée, sachant parfaitement ce qu’il venait d’éprouver. Plus tard, il retourna avec des ouvrier hindous pour explorer à fond la zone. Il trouva l’endroit complètement couvert d’une végétation de jungle, om les hommes durent se frayer au coupe-coupe leur chemin jusqu’à la tête de la vallée où notre homme avait vu le rocher avec ses inscriptions.
Quand enfin ils atteignirent et débroussaillèrent la végétation, ils découvrirent une stèle en partie décorée avec des traces de lettres grecques gravées au dessus, mais l’inscription était bien rongée et effacée. McDonagh n’eut pourtant aucun doute que c’était là le monument commémoratif qu’il avait vu jadis. La vallée se révéla être le site de l’un des camps d’Alexandre le Grand avant de passer à gué l’Indus, en 326 avant Jésus-Christ.
Ce récit est un exemple particulièrement intéressant d’une apparition de fantôme de foule. La distance dans le temps entre l’épisode originel et « sa répétition » moderne était de plus de deux millénaires, une période exceptionnelle sans ces sortes de cas.
De plus, le sujet de l’expérience a prit part aux évènements dont il fut témoin, se déplaçant de-ci, de-là pour avoir la meilleure vue des choses qu’il désirait observer et se découvrant capable de comprendre une langue normalement inconnue de lui, ce qui fait de ces évènements un double phénomène parapsychologique : apparition de fantômes et don des langues !
Dans un tel cas, une première explication se fait aussitôt jour : l’idée de la réincarnation. Certains chercheurs se sont demandé si le Major McDonagh avait été, dans une vie antérieure, un soldat de l’armée d’Alexandre le Grand, ou si, simplement, il avait « recueilli » les sensations de la troupe qui avait séjourné auprès de la stèle portant l’inscription au général mort.
De telles rencontres sont trop rares pour être considérées comme une preuve. Cependant, les apparitions fantomatiques « en masse » existent. Et il en existe au moins deux explications possibles. Selon la première, elles peuvent impliquer la reproduction des images et des sons de l’évènement originel. Selon la seconde, ces apparitions de masse peuvent être de vrais glissements du temps, où passé et présent, ou bien présent et futur, coexistent.
Quoi qu’il en soit, ce processus pourrait aussi être une création de l’esprit du témoin, sous l’impulsion d’une information enregistrée jadis par l’environnement physique.