28/09/2010

Le labyrinthe de Cnossos

L’origine contestée d’un mythe
Le labyrinthe de Cnossos

Construit par les maîtres de la Crète à partir de 1700 avant notre ère environ, l’architecture connue sous le nom de palais de Cnossos, avec ses innombrables pièces et couloirs entrelacés, est certainement le Labyrinthe que la légende attribue au Minotaure. Mais que recouvre la légende du Minotaure, et le « palais » était-il bien un palais ?

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on ne sait de la Crète avant la colonisation grecque que ce que les auteurs anciens en racontent. Les récits tournent autour du Labyrinthe et commencent avec Dédale, son architecte supposé. 
Celui-ci, originaire d’Athènes, est forcé de s’exiler, pour avoir tué son neveu. Il se réfugie en Crète, où le roi Minos, fils de Zeus et d’Europe, lui demande de construire un édifice pour y enfermer le Minotaure, créature mi-homme, mi-taureau, fruit des amours de la reine et d’un taureau. Dédale imagine alors le complexe Labyrinthe dont personne ne peut retrouver la sortie. Lui-même, pour avoir déplu au roi, s’y trouve enfermé avec son fils Icare, et c’est par la voie des airs qu’ils parviennent à s’évader. Plus tard, Minos ayant vaincu Athènes, la cité asservie doit payer un tribut de sept jeunes hommes et sept jeunes filles chaque année. Les victimes sont enfermées dans le Labyrinthe et sacrifiées au monstre, jusqu’au jour où le héros Thésée tue le Minotaure. Grâce au fil déroulé par Ariane, fille de Minos, le vainqueur peut sortir sans difficultés des inextricables couloirs… 


Une redécouverte 

Dès 1894, l’archéologue sir Arthur Evans parcourt l’île à la recherche des traces de cette période oubliée. Sous les vestiges grecs et romains, il trouve de nombreux témoignages de la civilisation minoenne. A partir de 1900, Evans entreprend le dégagement du palais de Cnossos. Les fouilles ne tardent pas à être fructueuses ? Très vite, il met au jour une profusion de salles, de couloirs qui permettent d’éclairer les légendes d’un jour nouveau : une architecture aussi complexe est sans aucun doute à l’origine des récits mythologiques sur le Labyrinthe. D’autant que de nombreuses fresques et sculptures représentant des taureaux ont été retrouvés. 
Mais pourquoi le palais a-t-il joui si vite d’une réputation aussi mauvaise ? Peut-être parce qu’en réalité il ne s’agissait pas d’un palais, mais d’un sanctuaire : sanctuaire où étaient immolées des victimes ou lieu sacré servant de cimetière ? 

Palais royal ou gigantesque mausolée ? 

En effet, certains archéologues contestent au gigantesque édifice dégagé à Cnossos sa vocation de palais d’habitation. Ils remarquent que le choix du site n’est guère judicieux pour un palais : exposé, difficile à défendre, il concorde peu avec l’esprit d’une époque où Grecs et pirates égéens effectuent souvent des raids en Méditerranée. Par ailleurs, les sources sont peu nombreuses autour du palais : l’approvisionnement en eau de toute une population aurait posé des problèmes. Quant aux salles, d’abord désignées, grâce aux objets retrouvés, comme des appartements royaux, ce sont en fait des sous-sols humides, dépourvus de fenêtres. On imagine mal qu’un souverain ait choisi délibérément de s’y installer. 
Enfin, le palais ne possède ni cuisines ni écuries, particularité difficilement concevable pour un édifice de cette importance. 
Selon l’archéologue allemand Hans Georg Wunderlich, le palais aurait été un immense mausolée destiné à recevoir les morts, et, bien sûr, il n’aurait jamais été habité. Les hautes jarres de terre, que l’on supposait avoir contenu du grain ou de l’huile, sont des urnes où les cadavres étaient conservés dans du miel. De même, les silos de pierre sont des sarcophages, et les canalisations une installation permettant d’amener les fluides nécessaires à l’embaumement des corps : théorie séduisante, qui ferait du mythique Minos une figure allégorique de la Mort, évidemment redoutable. Une telle explication se heurte à un obstacle de taille : on n’a retrouvé aucuns restes humains, ni cendres ni squelettes, dans les ruines de l’édifice. Mais les fouilles se poursuivent et Cnossos nous livrera peut-être un jour tous ses secrets… 

La Crète minoenne 

« Au large, dans la mer vineuse, est une terre, aussi belle que riche, isolée dans les flots : c’est la terre de Crète, aux hommes innombrables, aux quatre-vingt-dix villes. Parmi elles, Cnossos, grande ville de ce roi Minos que le grand Zeus, toutes les neuf années, prenait pour confident. » L’île de Merveilles décrite par Homère ne déçoit pas les archéologues modernes. Les vestiges retrouvés, qui datent du IIe millénaire avant notre ère, montrent une civilisation brillante, qui utilise une écriture pictographique, et une économie riche, fondée sur le commerce avec les pays du pourtour méditerranéen. 
L’histoire de cette civilisation est marquée par des ruptures brutales. 
Aux alentours de 1750 survient une catastrophe qui ravage l’île et abat les palais : sans doute un tremblement de terre. La Crète se relève ensuite rapidement, les palais sont reconstruits, encore plus vastes, plus complexes et plus beaux. Les murs sont couverts de peintures et de fresques, de petites peintures sur céramique représentent la vie quotidienne. 
Vers 1570, un deuxième tremblement de terre, en rapport avec une éruption du volcan de Santorin, détruit de nouveau les palais. Leur reconstruction, la troisième, est une fois de plus l’occasion d’agrandissements : la civilisation minoenne atteint son apogée. 
Puis, vers 1450, elle disparaît brusquements. Cette fois, la catastrophe n’est pas due à des causes naturelles, mais à des invasions venues de Grèce. 
De nombreux objets crétois, preuves du formidable butin, seront retrouvés sur le continent, à Mycènes. 

Fortune d’un symbole : le labyrinthe 

Figures naturelles, signes préhistoriques. Grottes aux multiples salles et couloirs, dessins naturels de certains coquillages, circonvolutions cérébrales ou intestines : le labyrinthe, on le constate un peu partout, existe à l’état naturel. Très tôt, l’homme en reproduit la forme et lui donne une signification symbolique et magique. Des symboles labyrinthiques sont observés depuis les plus hautes époques de la gravure rupestres, mais la première représentation véritablement complexe se trouve dans une sépulture néolithique creusée 3 000 ans avant notre ère près de Luzzanas, en Sardaigne. 
Un symbole répandu dans le monde entier. Outre l’exemple crétois, on retrouve le labyrinthe à Tintagel, en Cornouailles, gravé sur des mégalithes entre 1800 et 1400 avant notre ère, à Tell Rifaat, en Syrie, à la même époque, à Pontevedra, en Galice, quelques siècles plus tard. Les civilisations grecques puis romaines le reproduisent partout. Il existe simultanément en Inde et en Amérique du Sud et conquiert les pays nordiques : plus de 300 « trojaburg » sont ainsi attestés en Scandinavie. Ce sont des labyrinthes de 10 à 20 mètres de diamètre dessinés sur le sol à l’aide de grosses pierres. Leur construction s’étale du Ier millénaire avant notre ère jusqu’au haut Moyen Âge. 
Le jeu, la religion ou la magie. Le labyrinthe apparaît ensuite dans l’iconographie chrétienne, comme dans le cloître de Toussaints, à Châlons-sur-Marne ou encore sur le pavement de la cathédrale de Chartres. On le retrouve dans les jardins du XVIIe et du XVIIIe siècle, où le labyrinthe est initiatique par excellence, il conduit en un lieu central qui est le rendez-vous, l’épreuve ultime où l’homme se trouve confronté au miroir.

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